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Olivier Bruley

(L’auteur se réserve le droit de censurer les commentaires qui seraient injurieux ou méprisants, qui se réduiraient à d’inutiles manifestations de colère ou de mauvaise humeur, ou dont la syntaxe et l’orthographe seraient trop fautives pour être d’hommes vraiment capables de donner sens et forme à leur pensée, ce qui se conçoit bien s’énonçant clairement, comme chacun sait. Il rappelle que les plus sots de ses lecteurs, s’il en a, sont priés de se taire, ainsi que les éternels indignés, croit-il bon d’ajouter. Il est enfin toujours prêt à être détrompé, mais à condition, bien sûr, qu’on lui montre son erreur, au lieu de seulement la lui reprocher.)

09/08/2006

09/08/06 - 19:25

Que va-t-il se passer ?


Voici, de Renaud Camus, un texte sans doute fort clairvoyant mais laissant hélas bien peu de place à l’espoir, intitulé : Que va-t-il se passer ?. Telle est, en effet, la question que se pose l’auteur, et sa réponse est des plus attristantes : ce sera « l’islamisation, totale ou partielle », de la France et de l’Europe. Celles-ci n’étant pas historiquement des terres d’islam, « il va se passer, écrit Camus, que des pans entiers et sans cesse s’élargissant de la France et de l’Europe vont ressembler de moins en moins à la France et à l’Europe que nous avons connues (mais que de moins en moins d’individus auront connues et que la déculturation générale leur permettra d’oublier, de méconnaître et de calomnier) ». Autrement dit, des pans entiers de notre civilisation vont disparaître, disparaissent sans doute déjà. D’où ma tristesse. La cause la plus manifeste de cette islamisation serait démographique, selon Renaud Camus : « L’islam, écrit-il, très imparfaitement bien sûr, mais assez étroitement tout de même, est lié à certains groupes ethniques ou nationaux qui fournissent depuis trente ans et plus les plus gros contingents de l’immigration. Les musulmans représentent donc, en proportion, une partie sans cesse croissante (mais jamais sérieusement évaluée) de la population. Or cette proportion croît d’autant plus, et d’autant plus vite, que selon toute apparence (même si c’est impossible à vérifier) leur taux de reproduction est plus élevé que celui de la plupart des autres parties de la population. » Une ‘‘riposte’’ serait de « promouvoir le développement démographique » des populations indigènes, historiquement non-musulmanes. Mais « les peuples les plus avancés économiquement et culturellement, poursuit Camus, (et par ‘‘avancés’’ nous n’entendons aucun jugement axiologique) ont bien conscience (serait-ce obscurément peut-être), et cela malgré les assurances qui leur sont prodiguées de concert par des experts prétendus et par leurs médias, qu’un développement démographique indéfini est éminemment nuisible à la planète comme à eux-mêmes. » C’est donc notre sagesse qui nous perdra. Nous disparaîtrons par « excès de civilisation », par «  son épuisement, son dernier mot mais aussi son au-delà, son retournement exsangue, et finalement sa négation. »



Je lisais tout récemment Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia. La patricienne ne parle jamais, dans ses tablettes, des bouleversements de l’empire. Autour d’elle, toujours plus de citoyens passent au parti chrétien, mais Apronenia Avitia semble ne rien voir, comme aujourd’hui beaucoup nient que l’islamisation de la France et de l’Europe soit une réalité (puissent-ils avoir raison !). Toutes les conversions, à Rome, ne sont pas sincères. Ce que dit Renaud Camus des convertis et futurs convertis à l’islam pourrait aussi bien s’appliquer aux convertis des IVème et Vème siècles : « Aux conversions purement religieuses, celles qui sont la conséquence et la substance même d’un acte de foi, s’ajoutent déjà les conversions que, faute d’un terme meilleur, on pourrait appeler ‘‘sociétales’’, voire ‘‘politiques’’ – lesquelles, d’ailleurs, sont loin d’être toujours et forcément insincères : conversions de ceux qui aspirent à la stabilité, à la détermination sinon à l’ordre, à la prise en main extérieure de leur vie, à la tranquillité, à l’anonymat, à la conformité avec l’environnement, ou qui sont naturellement portés (c’est une passion profondément humaine), à rejoindre le camp du plus fort, du plus résolu, du plus présent, du plus porteur d’avenir, du plus conforme, lui-même, à l’avenir tel qu’il paraît s’annoncer. » Pascal Quignard écrit : « La nuit du 24 août 410, l’ancienne amie d’Apronenia Avitia, Anicia Proba, passée depuis de nombreuses années au parti chrétien, fit entrer Alaric et les troupes gothiques furtivement dans Rome par la Porta Salaria. Anicia Proba (Procope, Bell. Vand. I, 2) déclara qu’elle avait agi par ‘‘charité dans le Christ à l’idée des souffrances des affamés’’. » (Pascal Quignard, Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia, Gallimard, 1984, collection L’Imaginaire, page 31.) Quant à Renaud Camus, il conclut ainsi : « Le mépris de soi nous sauvera du bain de sang. L’habitude de la capitulation fera le reste. »


Une réponse de Herminien2 : Réponse à un article islamophobe publié sur GA. Suivent quelques commentaires de moi.
Un article de Fluctuatnecmergitur, Renaud Camus (écrivain français), suivi d’un commentaire de moi.


commentaires

09/08/06 - 20:32

Il y aurait beaucoup à dire de l'article de Renaud Camus (peut-être prendrai-je le temps d'écrire une réponse), qui n'a guère de connaissance démographique et, le sachant, utilise l'artifice de précautions mises entre parenthèses pour mieux instiller son islamophobie (stricto sensu). Que n'a-t-il attendu pour peupler la France !

Le parallèle entre le triomphe du christianisme dans l'empire romain et celui, éventuel, de l'islam dans l'Europe pourrait séduire qui veut être séduit, si l'on croit que les mécanismes se répètent à l'identique au cours de l'histoire ; mais, à la différence de Rome, notre société est sécularisée, il n'y a ni empire ni empereur, et il ne s'agirait pas de substituer une religion à une autre, avec — acte ultime — la décision d'un nouveau Théodose qui s'mposerait à tous.

09/08/06 - 21:10

Herminien, je lirais avec grand intérêt cette réponse, si vous la faisiez. D'ailleurs, je ne demande pas mieux que d'être détrompé, s'il y a lieu. Mais je ne vous cacherai pas que je trouve toujours beaucoup de séduction (peut-être au mauvais sens du terme, qui sait?) aux propos de Renaud Camus, pour qui je me suis découvert une espèce de passion.

09/08/06 - 22:22

1) Je suis épaté qu'un texte haineux qui, s'il était signé Le Pen (mais il n'oserait pas dire de telles choses -et il ne les pense sans doute pas, c'est BEAUCOUP plus à l'extrême-droite que du Le Pen) ne fait pas crier "bassinavomi" à tous les inscrits de passage. Bon pour ma part je suis comme herminien, je préfère l'argumentation à l'anathème, mais je suis épaté que ce genre de propos passe si aisément sur GA. Sans doute les gens n'ont-ils pas lu parce qu'il n'y a pas d'image.

2) Herminien2 pose sainement le problème. La démographie, c'est quelque chose qui se chiffre. Savoir apprécier la campagne gersoise et les beaux meubles, c'est un peu léger pour démontrer (sans un argument à proprement parler réfutable) que nous allons être submergés.

3) "Des pans entiers de notre civilisation vont disparaître, disparaissent sans doute déjà. D’où ma tristesse." Moi aussi je suis assez réactionnaire (au sens où j'aimerais que rien ne change, mais pas forcément avec l'illusion que ce que j'aimerais correspond au bien commun). Ce qui m'épate dans le discours de monsieur Camus, c'est qu'il a l'air d'imaginer que c'est _nouveau_, que c'est la première fois que la culture européenne change du tout au tout. Il a l'air de penser que 1750 ressemblait comme deux gouttes d'eau à 1830 ou 1910 à 1990. Ben oui le monde change. Et ça me fait sourire de voir que pour lui le patrimoine culturel qui va inéluctablement disparaître c'est les "émissions culturelles, chaîne culturelle" (je copie-colle partialement et lâchement depuis son texte). Ben oui moi aussi ça me fait de la peine que Pierre Desgraupes soit mort et que dans quelques dizaines d'années je sois aussi appelé à mourir. Mais je n'y vois pas pour autant l'écroulement d'une civilisation.

09/08/06 - 22:24

Je ne connaissais pas ces propos de Renaud Camus, que j'ai découvert avec enthousiasme il y a quelques semaines. J'ai peur d'avoir le zèle intolérant propre aux Nouveaux Convertis !

Herminien, c'est très alléchant ce que vous dites.

09/08/06 - 22:36

Anatole, vous avez du mal lire. Ni mon texte, ni, surtout, celui de Renaud Camus ne sont haineux. Ou bien démontrez-le moi, que je me corrige.

09/08/06 - 22:45

Je ne prétends pas mon affirmation "réfutable", de même que celles de Camus ne le sont pas. Et je parle à proprement parler du texte de Camus, pas de ton article.

En effet, en le relisant, je concède être bien en peine de mettre entre guillemets une phrase à épingler. La haine ne suinte pas. Disons donc mon vocable inadapté, admettons notre erreur. Tiens remplaçons "haineux" par "plein de préjugés" ça passera ?

09/08/06 - 22:48

En faisant une recherche sur google, on doit bien pouvoir lire quelques passages des horreurs écrites pas Renaud Camus. Il suffit d'être curieux.
C'est un homme cultivé mais qui, pour restaurer son château du centre de la France, raconte des énormités sous couvert de magnifier la France et la langue française.
N'oublions pas que le diable est toujours beau et tentateur. Ce type est un triste sire qui ne fait pas la fierté des homosexuels.

09/08/06 - 23:00

Je vous mets au défi de trouver de ces horreurs, Fluctuat. Elles n'existent tout simplement pas, si ce n'est peut-être dans les citations déformées que font de Camus ceux qui ne l'aiment pas. Au lieu d'insinuer (puisque vous évoquez le diable) qu'il est sûrement aisé de trouver des horreurs écrites par Camus, trouvez-en donc et montrez-les nous. Mais le plus simple est de lire ses livres, pour se faire une idée précise de l'homme et surtout de l'oeuvre.

09/08/06 - 23:05

Eh bien je dois avoir quelques livres de lui que j'ai fichu au grenier, où ils se tiendront bien au chaud pendant la canicule.
http://

09/08/06 - 23:11

" fichus "

10/08/06 - 00:03

Le texte de Camus n'est pas haineux : il est clairement islamophobe. Mais cette phobie s'appuie sur une argumentation qui contient des approximations en matière de démographie, des généralisations abusives et trompeuses concernant l'islam, non pas une méconnaissance, mais un refus de connaître la réalité du comportement démographique, social et familial des de majorité des musulmans de France, immigrés ou descendants d'immigrés. Il serait bon de se référer aux différentes études de l'INSEE et de l'INED, comme aux statistiques fournies par le Popu-ulation Reference Bureau de Wanshington, Eurostat ou l'ONU.
Je ne suis pas étonné que Camus ait trouvé dans Alain Finkelkraut, dont on a vu quelles ont été les dérives...


Je demeure, en outre, atterré d'entendre un homosexuel s'inquiéter de l'avenir démographique d'une "civilisation" : qu'il contribue lui-même à la sauver et qu'il cesse de nous parler de son effondrement moral et même "hormonal" !!!

10/08/06 - 00:04

* de la majorité

10/08/06 - 00:05

*trouvé un appui

10/08/06 - 00:15

Je ne comprends pas. Les homosexuels ne peuvent-ils pas s'inquiéter des mêmes choses que des non-homosexuels? Je ne comprends pas non plus le sens des guillemets autour du mot civilisation. Voulez-vous dire qu'il n'y a pas de civilisation française? Ou même européenne? Quant aux dérives d'Alain Finkielkraut, pour ma part, je n'ai rien vu :-)

10/08/06 - 00:24

Mais surtout, je veux bien que vous m'expliquiez (même si j'imagine que cela pourrait prendre du temps, que vous n'avez pas nécessairement) ce que c'est que la réalité du comportement démographique, social et familial de la majorité des musulmans de France, immigrés ou descendants d'immigrés, puisqu'il semble si important de la comprendre, pour juger de la réalité d'uns islamisation de la France.

10/08/06 - 00:25

*d'une islamisation de la France.

10/08/06 - 00:26

En somme, vous dites qu'il y aurait beaucoup de choses à dire, mais vous ne les dites pas.

10/08/06 - 10:47

Je ne dénie pas l'existence de civilisations mais elles ne sont pas figées ; les comportements démographiques sont moins inhérents à une civilisation qu'à un peuple et, à l'intérieur de celui-ci, à des groupes sociaux ou culturels. Certes, la "civilisation industrielle" — si l'on peut employer le terme — s'accompagne de la naissance d'un certain type de comportement démographique. De ce fait, d'ailleurs, la transition démographique s'est étendue de l'Europe occidentale et des États-Unis à l'Europe méridionale et orientale, au Japon, puis au reste du monde. Vous seriez sans doute surpris d'apprendre que l'indice synthétique de fécondité (i.e. le nombre moyen d'enfants par femme en âge de procréer) n'est plus que de 2,0 en Tunisie, qu'il est passé de 7,8 en 1962 à 2,5 aujourd'hui en Algérie, qu'il est passé de 7,0 au début de la révolution islamique en Iran à 2,5 en 2003... Pour le reste, vous pourrez bientôt lire mon (long) article.

10/08/06 - 14:16

Je dois reconnaître que ces chiffres ne vont pas dans le sens de ce que dit Camus des taux de reproduction. Mais vous écrivez vous-même que les comportements démographiques sont moins inhérents à une civilisation qu'à un peuple et, à l'intérieur de celui-ci, à des groupes sociaux ou culturels. Or Renaud Camus parle justement de taux de reproduction inégaux entre musulmans et non-musulmans. Existe-t-il des statistiques, pour la France, confirmant ou infirmant cette inégalité dont parle Camus? J'en doute fort, mais je vous pose tout de même la question, car vous êtes manifestement plus savant que moi quant à ces questions. D'autre part, les taux de reproduction ne sont pas le seul argument démograpique de Camus. Il y a aussi l'émigration, en particulier clandestine, qui n'est pas chiffrée, que je sache. Mais j'imagine que vous aborderez tout cela dans votre billet, que je lirai avec intérêt. Je vous y répondrai, si du moins vous ne réussissez pas à me clouer définitivement le bec, bien sûr (et en l'occurrence, je ne demande pas mieux).

10/08/06 - 14:18

Mais je vois que votre billet vient juste d'être publié. je vais allez le dire de ce pas.

11/08/06 - 00:34

Finalement Renaud Camus se pose la même question qu’ont du se poser avant lui les aztèques, les peuls, les khmers ou les indous en voyant débarquer les premiers européens sur leur côtes il y a cinq cents ans: où tout cela va-t-il nous mener ? Ils ne devaient pas payer de mine ces premiers conquistadores, pilgrims ou aventuriers en abordant sur ces lointains rivages, entassés au fond d’embarcation prenant l’eau, décimés par la maladie, affamés. Ils ont du garder un profil bas au début. Il ne faut pas s’imaginer qu’ils se sont rendus maîtres des lieux tout de suite, à peine débarqués. Ou alors ils le faisaient à mi-voix. En français, espagnol, portugais ou anglais, bref en une langue que personne d’autre qu’eux ne comprenait. De plus ou moins bonne grâce, ils se sont soumis aux us et coutumes locaux. Les premiers temps. Il se peut même que les populations locales aient regardé d’un œil amusé et ironique ces barbares poilus qui sentaient si mauvais et qui, comble du mauvais goût et de la pingrerie, n’adoraient qu’un seul dieu, piteusement cloué sur une planchette en bois. Puis il en arriva d’autres et d’autres encore, tant et si bien que quatre cents ans plus tard le Général de gaulle pouvait s’exclamer dans une île des caraïbes (peuplade depuis longtemps disparue, celle-là même qui avait accueilli les nouveaux arrivants) devant une foule compacte de descendants d’esclaves arrachés au sol africain, « Mon Dieu que vous êtes français ! ». La multitude hésita un instant avant d’éclater en applaudissements frénétiques et en vivats enthousiastes. Il est vrai que, soit en raison d’une sono défectueuse, soit en raison du malentendu colonial, la foule avait compris, « Mon Dieu que vous êtes foncés ! ». On ne peut dire avec exactitude si ce cri, visiblement venu du coeur, exprimait un enthousiasme sans borne ou une déception sans fond, tant il est vrai que le grand homme, dont le patronyme évoque une peuplade soumise par les romains deux mille ans plus tôt, éprouvait pour ses concitoyens un mépris certain mêlé d’une dose de pitié condescendante (il les aurait comparé à des veaux) !
Hier j’ai vu à la télévision une dame d’origine africaine distribuer à Paris de la nourriture à des SDF d’origine gauloise. Tandis que la foule des miséreux se pressait autour d’elle dans un concert de grognements incompréhensibles, la dame déclarait au journaliste, en un français châtié à peine entaché d’un léger accent parisien, qu’il fallait donner à ces malheureux privés de repères une nouvelle chance pour qu’ils puissent repartir du bon pied dans la vie.
La roue tourne…

12/08/06 - 01:43

"Je ne demande pas mieux que d'être détrompé", répétez-vous. Je ne pense pas que ce soit sincère.Tous vos articles ou presque depuis le début d'année tournent autour du même sujet et montrent votre fascination pour le thème de la prétendue "islamisation". "pas haineux, pas islamophobe", mais vous insinuez, instillez, sous-entendez en permanence, comme Camus, comme les lettrés de la Révolution Nationale, comme Mégret - personne n'est dupe. En demandant à être détrompé, vous faites plutôt penser à un enfant qui aurait joué avec sa merde et qui, encore plein de l'adrénaline de l'interdit, demanderait à sa maman "c'est pas bien, hein, dis?".

12/08/06 - 01:56

Mon Dieu que cette dernière image est laide. Ne pourriez-vous pas être un peu moins naturel, mon ami?

12/08/06 - 02:04

ce disant, vous ne répondez pas sur le fond; et je doute fort que cette discussion nous mène à quelque forme d'amitié que ce soit.

12/08/06 - 02:09

Je prépare une réponse à Fluctuatnecmergitur, qui sera publiée sur son blogue, en commentaire, d'ici une heure ou deux. Peut-être un peu plus. Je disais "mon ami" par pure politesse. Il va de soi que je n'ai pas la moindre envie de me faire un ami de vous!

15/08/06 - 07:53

Quel étrange "conservatisme", trahi par des phrases telles que "la France que nous avons connue". Certes, la France d'aujourd'hui ne ressemble en rien à la France que nous aurions connu si nous étions nés avant la deuxième guerre mondiale, et qui sait, dans quelques siècles, si elle existera encore ? La France que R. Camus a connu, employant un nous de façade qui ne doit pas tromper, n'est pas celle que ma génération a connu non plus. Quel sens y a-t-il à s'en inquiéter ainsi ?

Je dirai pour ma part que la fine malhonnêteté du texte de Camus, et de quelques autres qu'il a pu rédiger par ailleurs, est de tisser avec art l'analyse et le parti pris. Certes, Herminien2 montre en quoi certains éléments de l'analyse sont lacunaires, mais plus fondamentalement, c'est le travail sur l'histoire et le jugement sur l'actualité mélés qui sont si propres à ce style fuyant qui refuse le risque d'une argumentation assumant ses présupposés, c'est à dire qui ne connaît pas le syllogisme. Je reprends la citation : le style, c'est l'homme. Or si les mots sont choisis, la pensée est vague et fuyante.

Le présupposé fondamental de Camus, comme de beaucoup, c'est que le changement altère, alors qu'il aime l'identité. J'emploie ce que je crois être son vocabulaire. L'Islam n'est pas la cible particulière de Camus, elle n'en n'est que la cible accidentelle car actuelle. Et il appelle l'histoire à la rescousse, pour dire : nous sombrons. L'histoire des civilisation est celle des naufrages, des altérations, des métissages, des abatârdisations qui nous ont fait être ce que nous sommes, cette idée transitoire que Camus se fait de ce que serait "essentiellement" la France. Nous sombrons, oui : tous ont sombré. Mais pas forcément sous les coups d'un danger islamique, non, nous sommes emportés, comme Rome, Bizance et Ispahan, par le fleuve Héraclitéen de l'histoire qui n'épargne rien ni personne. Chronos dévore encore ses enfants. Si comme le Dieu Hindou de la destruction il se manifeste par des avatars, il y a malhonnêteté à confondre l'essence mortelle des civilisations et la cause accidentelle - qui plus est en l'occurrence putative- de leur disparition nécessaire.

"L'origine est une raison d'aimer", disait Camus il y a quelques années, mais où place-t-on l'origine ? Comment définit-on les apports respectifs des époques et courants dans ce qui fait l'être actuel d'une personne ? Y a-t-il jamais eu quelque chose comme un être actuel d'une personne, stable et définissable ? L'origine ethnique, sociale, historique, détermine-t-elle si simplement qu'on voudrait nous le faire croire l'origine philosophique (en philosophie, l'origine est ce qui soutient quelque chose dans son être propre) ? Tant de question auxquelles Camus ne répond que par un vague poétique, ressemblant aux brumes qui doivent baigner ses terres au matin.

16/08/06 - 02:13

Je vous réponds ici: http:///

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