09/08/2006Que va-t-il se passer ?
Voici, de Renaud Camus, un texte sans doute fort clairvoyant mais laissant hélas bien peu de place à l’espoir, intitulé : Que va-t-il se passer ?. Telle est, en effet, la question que se pose l’auteur, et sa réponse est des plus attristantes : ce sera « l’islamisation, totale ou partielle », de la France et de l’Europe. Celles-ci n’étant pas historiquement des terres d’islam, « il va se passer, écrit Camus, que des pans entiers et sans cesse s’élargissant de la France et de l’Europe vont ressembler de moins en moins à la France et à l’Europe que nous avons connues (mais que de moins en moins d’individus auront connues et que la déculturation générale leur permettra d’oublier, de méconnaître et de calomnier) ». Autrement dit, des pans entiers de notre civilisation vont disparaître, disparaissent sans doute déjà. D’où ma tristesse. La cause la plus manifeste de cette islamisation serait démographique, selon Renaud Camus : « L’islam, écrit-il, très imparfaitement bien sûr, mais assez étroitement tout de même, est lié à certains groupes ethniques ou nationaux qui fournissent depuis trente ans et plus les plus gros contingents de l’immigration. Les musulmans représentent donc, en proportion, une partie sans cesse croissante (mais jamais sérieusement évaluée) de la population. Or cette proportion croît d’autant plus, et d’autant plus vite, que selon toute apparence (même si c’est impossible à vérifier) leur taux de reproduction est plus élevé que celui de la plupart des autres parties de la population. » Une ‘‘riposte’’ serait de « promouvoir le développement démographique » des populations indigènes, historiquement non-musulmanes. Mais « les peuples les plus avancés économiquement et culturellement, poursuit Camus, (et par ‘‘avancés’’ nous n’entendons aucun jugement axiologique) ont bien conscience (serait-ce obscurément peut-être), et cela malgré les assurances qui leur sont prodiguées de concert par des experts prétendus et par leurs médias, qu’un développement démographique indéfini est éminemment nuisible à la planète comme à eux-mêmes. » C’est donc notre sagesse qui nous perdra. Nous disparaîtrons par « excès de civilisation », par «  son épuisement, son dernier mot mais aussi son au-delà, son retournement exsangue, et finalement sa négation. »
Je lisais tout récemment Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia. La patricienne ne parle jamais, dans ses tablettes, des bouleversements de l’empire. Autour d’elle, toujours plus de citoyens passent au parti chrétien, mais Apronenia Avitia semble ne rien voir, comme aujourd’hui beaucoup nient que l’islamisation de la France et de l’Europe soit une réalité (puissent-ils avoir raison !). Toutes les conversions, à Rome, ne sont pas sincères. Ce que dit Renaud Camus des convertis et futurs convertis à l’islam pourrait aussi bien s’appliquer aux convertis des IVème et Vème siècles : « Aux conversions purement religieuses, celles qui sont la conséquence et la substance même d’un acte de foi, s’ajoutent déjà les conversions que, faute d’un terme meilleur, on pourrait appeler ‘‘sociétales’’, voire ‘‘politiques’’ – lesquelles, d’ailleurs, sont loin d’être toujours et forcément insincères : conversions de ceux qui aspirent à la stabilité, à la détermination sinon à l’ordre, à la prise en main extérieure de leur vie, à la tranquillité, à l’anonymat, à la conformité avec l’environnement, ou qui sont naturellement portés (c’est une passion profondément humaine), à rejoindre le camp du plus fort, du plus résolu, du plus présent, du plus porteur d’avenir, du plus conforme, lui-même, à l’avenir tel qu’il paraît s’annoncer. » Pascal Quignard écrit : « La nuit du 24 août 410, l’ancienne amie d’Apronenia Avitia, Anicia Proba, passée depuis de nombreuses années au parti chrétien, fit entrer Alaric et les troupes gothiques furtivement dans Rome par la Porta Salaria. Anicia Proba (Procope, Bell. Vand. I, 2) déclara qu’elle avait agi par ‘‘charité dans le Christ à l’idée des souffrances des affamés’’. » (Pascal Quignard, Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia, Gallimard, 1984, collection L’Imaginaire, page 31.) Quant à Renaud Camus, il conclut ainsi : « Le mépris de soi nous sauvera du bain de sang. L’habitude de la capitulation fera le reste. »
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09/08/06 - 20:32
Il y aurait beaucoup à dire de l'article de Renaud Camus (peut-être prendrai-je le temps d'écrire une réponse), qui n'a guère de connaissance démographique et, le sachant, utilise l'artifice de précautions mises entre parenthèses pour mieux instiller son islamophobie (stricto sensu). Que n'a-t-il attendu pour peupler la France !
Le parallèle entre le triomphe du christianisme dans l'empire romain et celui, éventuel, de l'islam dans l'Europe pourrait séduire qui veut être séduit, si l'on croit que les mécanismes se répètent à l'identique au cours de l'histoire ; mais, à la différence de Rome, notre société est sécularisée, il n'y a ni empire ni empereur, et il ne s'agirait pas de substituer une religion à une autre, avec — acte ultime — la décision d'un nouveau Théodose qui s'mposerait à tous.
herminien2