02/08/2006Quelques considérations sur la nouvelle et unique race.
Visitant, comme chaque jour, le blogue du jeune et beau Népomucène, je suis tombé sur cette citation d’un de nos grands poètes actuels (1) – il parle des bobos : « Ils sont une nouvelle classe,/Après les bourges et les prolos,/Pas loin des beaufs, quoique plus classe ». Ce que lisant, je me suis souvenu des deux articles (2) de Jean-Gérard Lapacherie consacrés à ce terme, non pas de bobo, mais de beauf, dans le blogue NLF. Selon Lapacherie, l’invention du beauf serait due à une « inversion raciste » dont il traite dans son second article : « Le Beauf, dit-il, inverse le racisme. Avec le Beauf, le raciste n’est plus celui qui est convaincu de sa supériorité, mais celui qui est assigné à une race inférieure. Ce n’est pas le surhomme hautain, arrogant et haineux : c’est le stigmatisé. L’invention du racisme est une inversion. […] Tout fait du Beauf un individu d’une sale race. Il n’est pas raciste, c’est-à-dire d’une race supérieure, comme l’était le soldat allemand de la propagande nazie, grand, blond, élancé, souple, fort. Il est petit, et presque aussi épais que haut. S’il ne l’était pas, il n’aurait pas survécu à l’évolution pour instruire les hommes : il faut que chacun le voie comme le spécimen d’une espèce tératologique appelée à s’éteindre. » Dans la réalité, ce beauf, dont les descriptions sont pourtant fort précises et connues de tous (on en trouve d’admirables dans les articles de Lapacherie), ce beauf n’existe pas, pas plus que n’existait le Juif de la propagande nazie : «  Le Beauf n’est pas différent du juif aux mains crochues, au nez busqué, au regard cupide, que montrait une partie de la presse du début du XXe siècle. Il conforte les racistes (les vrais) dans leurs certitudes. Il est une image pieuse qui incite à la piété raciste, la pire, l’impensée, la viscérale, la tripale […] » Au contraire du beauf, il me semble que son antithèse, le grand Duduche, existe dans la réalité. « Le Beauf a pour antithèse le grand Duduche, écrit Jean-Gérard Lapacherie, qui est grand, fin, élancé, filiforme, blond. Il a des cheveux longs, comme il se doit. Il porte de fines lunettes d’intello. Le Beauf est un primaire. Son antithèse se prépare à entrer à l’université, où il sera Bac + 4, cadre dans la culture, la com, la pub, l’enseignement, le socioculturel. » Grand, fin, élancé, filiforme, blond… Il me semble parfois que les rues grouillent de tels garçons. Mais peut-être n’est-ce qu’une illusion, qui s’expliquerait par le fait que je recherche ce type de garçons, que je trouve sexuellement plus excitant qu’un autre. Hypothèse : tout à l’opposé du beauf, cette sous-race en voie d’extinction, il y aurait l’homosexuel, ou plutôt, cette espèce d’homosexuel qu’on appelle gay. Le gay, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, est la quintessence d’homo festivus (l’expression est de Philippe Muray), qui est précisément la race à venir, la race officielle, la seule (car je rappelle qu’il n’y a pas de races, comme chacun sait), la race festive et métissée (3) du village mondial. Or le gay ressemble comme deux gouttes d’eau au grand Duduche : sans doute n’a-t-il pas les cheveux longs (quoiqu’on trouve parfois quelques garçons qui osent ne pas porter les cheveux courts, assurés qu’ils sont de leur beauté naturelle, sans doute, quelle que soit la longueur de leur chevelure.) Que le gay ordinaire porte les cheveux très courts, presque ras, n’est pas un hasard, bien sûr. Le gay idéal est nécessairement imberbe puisque le beauf, selon Lapacherie, a « les poils rêches ». Déjà, je gay vieillissant et dégarni préfère se raser le crâne. Mais je ne serais pas surpris que dans un avenir assez proche, tout gay ait le crâne rasé, comme la chanteuse Björk, dans l’un de ses clips, il me semble. Cela ferait ressortir encore l’espèce d’androgynie futuriste que la nouvelle race considère comme sa beauté idéale, et pas seulement les gays, qui ne sont que l’aseptique ‘‘avant-garde’’ de la société, l’exemple qu’elle suivra. Le plus triste est que je trouve cette race belle et sexuellement excitante, alors même que j’en diffère chaque jour un peu plus, puisque je vieillis (4). Car tant que nous ne connaîtrons pas les belles techniques évoquées dans Le Meilleur des mondes, nous n’appartiendrons qu’éphémèrement à la nouvelle race, le temps de la jeunesse. En cela, la race à venir n’est effectivement pas une race, puisqu’elle n’est pas transmise par les parents pour la vie entière. On peut donc dire, en effet, qu’il n’y a pas de race, ce dont personne ne doute, de toute façon. Dans Le Meilleur des mondes non plus, d’ailleurs, il n’y en a pas, puisque les parents n’existent pas. Etre parent, c’est accepter de devenir vieux. Dans Le Meilleur des mondes, il n’y a qu’une jeunesse qui dure toute la vie : on meurt avant d’être vieux. Les hommes étant stériles, puisqu’il n’y a pas de parents, « chacun appartient à tout le monde ». Autrement dit : chacun peut baiser avec n’importe qui, comme c’est généralement déjà le cas dans le milieu dit gay. Dans Le Meilleur des mondes, il n’y a plus de races, disais-je, mais des classes sociales, auxquelles on appartient selon qu’on a été conditionné, fœtus puis enfant, pour aimer tel emploi utile à la société, un peu comme déjà, chez les gays, tel garçon, considéré comme passif, comme intrinsèquement passif, est nécessairement fait pour être enculé par n’importe quel autre, naturellement actif. Il n’y a plus d’histoire, plus d’histoire personnelle. Les goûts et les couleurs sont fixés dès le départ et restent les mêmes jusqu’à la fin. Les actifs/passifs sont une anomalie qui ne saurait durer bien longtemps, je pense, dans le monde que l’on se prépare.
(1) Et pourquoi pas ? Après tout, « Les bobos, les bobos,/Les bobos, les bobos » (extrait de la chanson dont je reproduisais plus haut quelques vers, du chanteur Renaud, l’antique titi parisien), est, sans aucun doute, l’un des refrains les plus audacieux de toute la poésie française. C’est tout de même autre chose que le très vrai (qui mieux que Renaud, d’ailleurs, l’illustre ?) mais si plat « Il n’est bon bec que de Paris » !
(2) Cf. les articles Beaufs et Signes 2 – Inversion raciste
(3) Je me pose tout de même cette question : comment peut-il y avoir de métissage s’il n’y a pas de races ? Une explication possible : on parlerait comme si le but que notre société s’est fixé était atteint, tant, sans doute, il est vrai que l’évolution souhaitée est inéluctable. Ce serait déjà comme s’il n’y avait plus qu’une race, celle des métis, dont Yannick Noah, sorte de nouveau Noé (mais n’emportant qu’une espèce dans sa barque), serait le chantre : « Je suis fier d’être métis », l’entend-on dire dans une de ses chansons. Il ne se trouve déjà plus personne pour oser se dire fier d’être de ‘‘race française’’, entre guillemets, guillemets anglais, bien évidemment. Mais y eut-il jamais de race française ? Quel fou pourrait donc bien dire une chose pareille ?
(4) Admirable lucidité de Michel Houellebecq : « C’est tout à fait faussement, pensait par exemple Bruno, qu’on parle d’homosexuels. Lui-même n’avait jamais, ou pratiquement jamais, rencontré d’homosexuels ; par contre, il connaissait de nombreux pédérastes. Certains pédérastes – heureusement peu nombreux – préféraient les petits garçons ; ceux-là finissent en prison, avec des peines de sûreté incompressibles, et on n’en parle plus. La plupart des pédérastes, cependant, préfèrent les jeunes gens entre quinze et vingt-cinq ans ; au-delà il n’y a plus, pour eux, que de vieux culs flapis. Observez deux vieilles pédales entre elles, aimait à dire Bruno, observez-les avec attention : parfois il y a une sympathie, voire une affection mutuelle ; mais est-ce qu’elles se désirent ? en aucun cas. Dès qu’un petit cul rond de quinze-vingt-cinq ans vient à passer, elles se déchirent comme deux vieilles panthères sur le retour, elles se déchirent pour posséder ce petit cul rond ; voilà ce que pensait Bruno. » Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, Flammarion, 1998, collection J’ai lu, pages 105-6.
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04/08/06 - 00:19
Puisque tu parles de l’émergence d’une nouvelle race, j’oserai un parallèle entre le nazisme et les diktats du « tout jeune, tout beau » actuels. Le nazisme avait un objectif politique, la soumission des peuples inférieurs par une race prétendument supérieure. Le jeunisme (appelons ainsi la nouvelle doctrine officielle), quant à lui, répond à un objectif purement commercial : la soumission, par un marketing habile, de la race inférieure, c'est-à-dire celle des pas beaux pas jeunes. En effet on ne peut vendre aux gens que ce qu’ils n’ont pas ou plus. Le nazisme ne s’adressait pas à une race supérieure, légendaire donc inexistante, à un peuple composé de géants blonds aux yeux bleus, mais bien à une population ne se distinguant en rien morphologiquement des peuples décrétés inférieurs, si ce n’est par cette idée insensée qui petit à petit s’insinuait dans les cerveaux, celle de sa prétendue appartenance à un peuple élu. L’apparence physique du chantre de cette idéologie dut, d’ailleurs, en rassurer plus d’un quant à sa capacité à se joindre à la race nouvelle. Thomas Mann, avec un manque d’à propos remarquable, ne s’était-il pas gaussé des prétentions d’Hitler en décrétant qu’un homme au visage aussi ingrat au milieu duquel trônait un nez aussi indécent, ne pouvait décidément envisager d’accéder à la chancellerie ?
Apollon n’existe pas plus que Siegfried. Dans le cas contraire, l’humanité irait à sa perte et on pourrait effectivement se retrouver dans l’univers imaginé par Houellebecq dans « la possibilité d’une île » : les hommes se suicideraient en masse, désespérés par l’impossible poursuite d’une beauté inattingible. Apollon (ou sa contrepartie féminine), n’existe pas, mais on essaie de nous faire croire le contraire. Personne ne l’a vu, mais par ouie dire, de source sure, on imagine qu’il est jeune, grand, mince, que son nez est comme-ci, ses yeux comme ça, ses dents blanches avec un interstice entre les incisives, son torse blablabla, ses fesses patati et patata, son sexe, ah, son sexe il est ho, ho et ses jambes, je vous dit pas ! Pour couvrir cette délicieuse nudité, les stylistes du monde entier ont déployé tout leur savoir faire. Oui, Apollon en chapeau tyrolien et Lederhose, ça le fait pas ! Le produit est prêt à être vendu, reste à trouver les acheteurs.
Premier objectif, les jeunes. Facile. Tous les jeunes s’imaginent être des Apollon. Mais pas commercialement très attractifs. Autant vendre des couvertures chauffantes aux habitants des Tuamotu. On arrive bien à leur fourguer quelques appareils dentaires et quelques vêtements de marque. Mais bon, c’est pas la Grèce antique. Mais ils sont bien utiles tout de même ces petits jeunes. On va les coller en vitrine et dire, ou bien vous, oui, vous tous là, ressemblez à CA, ou vous êtes morts, liquidés, finis, kaput. Sexuellement, socialement, professionnellement. Lamentations des pas beaux, pas jeunes. Nous sommes foutus ! Du calme, leur rétorque-t-on, d’un ton patelin. Rien n’est perdu (au contraire, c’est là que la caisse enregistreuse va commencer à fonctionner à plein rendement) ! Rien n’est perdu, parce que nous sommes là ! Nous c’est qui ? Pas nous bien sûr, les pas jeunes, pas beaux. Ce ne sont pas non plus les jeunes et beaux. Ce sont juste des attrape gogo, eux. Si on y regarde de près, on remarque d’ailleurs, avec le passage du temps, qu’ils ne sont plus si jeunes, ni si beaux que ça. L’ont-ils jamais été d’ailleurs ? Ou nous a-t-on persuadé qu’ils l’étaient ? On ? Eux, les nazillons d’un genre nouveau. Ceux qui ont fixé les critères auxquels nul ne peut déroger sous peine de mort sociale. Mais parce qu’une idéologie n’existe que dans un but précis et que dans ce cas le but n’est pas politique mais bien commercial, ils nous donnent les moyens de remplir ces critères, quand bien même le bon sens nous dit que nous ne pourrons jamais y parvenir. Ils donnent ? Non pas. Ils vendent. D’ailleurs tout ce qui se vend et s’achète aujourd’hui ne tend que vers un but : paraître jeune et beau. Bagnoles, maison, soins, vêtements, loisirs…Tout. Et comme on peut être certain que cette demande là ne sera jamais satisfaite, on nous fait payer cher, très cher, notre appartenance à la sous race des pas jeunes, pas beaux ! Tellement cher que nous y laisserons notre argent, notre slip Lagerfeld, notre santé physique et mentale, notre âme. On ne peut lutter indéfiniment contre son corps et contre la raison.
Mais la résistance s’organise. Dans l’ombre.
esteban (visiteur)