11/04/2006COMMENT PEUT-ON VOULOIR ÊTRE PERSAN ?
Olivier à Roxane à Paris.
Je n’avais d’abord pas compris à quel point vous aviez été affectée par l’annonce du départ de Julie pour l’Iran (1), et lorsque vous écriviez qu’« il existe des gens à qui le malheur manque à un tel point qu’ils vont le chercher où ils pensent pouvoir le trouver (2) », j’étais plus sensible à la beauté de la phrase qu’à sa vérité. Aujourd’hui je n’en vois plus que la vérité. Je vous avais déjà parlé, je crois, du petit monsieur de Prêchi-Prêcha, dont je lisais toujours avec grand intérêt les articles passionnants, dont un certain nombre traitait justement de l’Iran. Il avait visité la Perse pendant une semaine ou deux, et était rentré de son voyage entièrement conquis. Il était tombé amoureux de ce pays que vous aviez dû quitter parce qu’il ne vous aimait pas. Depuis, Prêchi-Prêcha ne manquait pas une occasion de nous dire sa passion de l’Iran. Mais son amour l’aveuglait. Car dans cette Perse où, selon vous, « la vraie amitié n’existe plus » et où « les gens sont retirés dans leur famille » (3), il voyait « l’un des pays musulmans au monde où la société civile est la plus structurée et la plus construite »  ! C’est vous dire où en est la civilité dans les autres pays… Mais il en est parfois des pays comme des jolis garçons. Ce sont des amours de vacances. On les aime tant qu’on ne vit pas avec eux et qu’on ne les connaît pas vraiment. Car il faut plus d’un mois pour connaître un pays, et des années, vous le savez mieux que personne, pour en maîtriser parfaitement la langue. Certains mettent toute une vie à apprendre que l’être qu’ils aiment est des plus détestables et doit être quitté dès que possible. Or cela, quelqu’un le dit un jour à Prêchi-Prêcha : « Il est facile d’aimer un pays de loin, dans lequel on est resté le temps qu’il faut pour se faire uniquement de bons souvenirs. » Comme votre Julie, Prêchi-Prêcha, qui était sûr de son amour pour l’Iran, décida de s’y installer. Que croyez-vous qu’il advint de lui ? Il y a deux jours qu’on m’a dit qu’il avait été pendu haut et court. Il avait trop aimé les Iraniens (4).
De Mont-de-Marsan, le 11 avril 2006.
(1) « Cher Montesquieu, Julie m’a appris une nouvelle qui m’a laissée sans voix. Elle veut aller en Iran ! Elle veut aller vivre pour quelque temps en Iran. Elle est amoureuse d’un architecte iranien qui a décidé de retourner au pays. Lorsque je lui ai dit qu’elle serait obligée de porter le voile, elle m’a répondu que ce serait une expérience moyenâgeuse, qui pourrait se révéler intéressante et l’aider à comprendre ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui. » Chahdortt Djavann, Comment peut-on être français ?, Flammarion, 2006, p. 253. Voir, à propos de ce livre, le billet qu’écrivit OMB le 8 avril 2006.
(2) Ibid.
(3) Op. cit., p. 157.
(4) « Saviez-vous que l’homosexualité est légalisée dans votre pays ? En Iran, c’est un crime, tant selon la loi que dans la mentalité des gens. » Op. cit., p. 220. Bien sûr, toute cette lettre est fictive et Prêchi-Prêcha n’alla jamais s’installer en Iran. Il préféra la vie. |
11/04/06 - 01:37
"« "
Ca veut dire quoi en Iranien ? J'ai fait Berlusconien en deuxième langue...
sorty