28/07/2006« C’est ainsi qu’entre l’époque de Cicéron et le siècle des Antonins, les relations sexuelles et conjugales se sont métamorphosées indépendamment de toute influence chrétienne. Cette métamorphose était achevée depuis plus d’un siècle quand la religion nouvelle se répandit. Les chrétiens reprirent à leur compte la nouvelle morale obséquieuse qui avait pris essor lors de l’installation de l’Empire sous l’empereur Auguste et sous son gendre Tibère.
Les chrétiens n’ont pas plus inventé la morale chrétienne qu’ils n’ont inventé la langue latine : ils adoptèrent l’une et l’autre comme si Dieu les leur avait prodiguées.  »
Pascal Quignard, Le Sexe et l’Effroi, Gallimard, 1994, collection Folio, pages 294-295.
Lorsque la morale chrétienne, qui est encore la mienne, quelque (1) mal gré que j’en aie (car même athée, on est un peu chrétien, précisément à cause de cette morale, qu’on a depuis l’enfance, serait-ce seulement pour avoir grandi suivant les mœurs du pays où l’on est né), quand cette morale, disais-je, me paraissait trop contraire à ma pente, je m’autorisais de ce que je n’avais pas seulement un père (le christianisme), mais aussi une mère (la Grèce et Rome), que j’avais la naïveté de croire plus coulante… Je commence seulement de me détromper.
(1) J’ai trouvé cette sublime tournure, tellement moins rude que le plus court malgré que j’en aie, dans Carus : « Il renaîtra, en dépit de lui, répéta Ieurre. Quelque mal gré qu’il en ait. C’est comme les fleurs au printemps. » (Pascal Quignard, Carus, Gallimard, 1979, collection Folio, page 98)
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