24/06/2006LA GAYPRIDE
VERIDIQUE ANECDOTE
SURVENUE EN LA VILLE DE BORDEAUX
LE JOUR DE LA FOLLE PARADE
SATIRE
Puisque encore une fois tout un peuple empafé
Se répand dans la rue, à geindre et s’esclaffer ;
Puisque le bâtiment de nouveau batifole
En bandant en dessous de roses banderoles,
Le minet à son bras, bite à l’air, plume au cul,
Rêvant à chaque instant de le faire cocu,
Et l’œil se baladant sur ce qui gesticule,
Là-bas, un peu plus loin, dans l’espoir qu’on l’encule ;
Puisque le travelo (avec ses bas filés),
Sa mère et ses enfants s’en vont tous défiler,
En criant vers les cieux, sans aucune vergogne,
Qu’en leurs roses et choux ponde aussi la cigogne ;
Puisque, surtout, ces gens prétendent en mon nom
Crier tous leurs slogans de savantes guenons ;
Je vous donne à relire une ancienne satire
Que d’un de mes tiroirs à l’instant je retire.
Je vous y rapportais une conversation
Que m’avait faite un jour une courte passion.
Par amitié pour elle, on la laisse anonyme.
Je suis loin d’espérer des bravos unanimes :
Untel, mon grand ami, me dit, comme à chaque an :
« Olivier, ma chérie, il faut choisir ton camp !
Il est de ton devoir d’aller à la gayprade,
De te faire enfin voir à la fière parade.
– Comment pourrais-je, allons ? Je ne sais pas danser !
– Nul besoin de savoir : il n’y faut qu’avancer,
Pour qu’avance le monde et notre propre cause.
– Propre, dis-tu ? Pourtant, ça ne sent pas la rose.
Un jour (c’était la nuit), je m’en fus en un lieu,
Un de ceux qu’aiment tant ceux de notre milieu…
Il y faisait si noir que l’on n’y voyait goutte.
Mais on sentait partout des parfums qui dégoûtent,
Alliage moite et chaud de corporelle humeur,
De vice et de secret, d’haleines de fumeur…
Le sol était collant d’un mélange de foutres,
Et des mal élevés me faisaient voir leurs poutres !
Peut-on bien être fier de vivre en cancrelat ?
– Mais je ne parlais pas de cette chose-là.
Cet endroit que tu dis, c’est notre antique geôle,
Où d’à peine un regard, un clin d’œil, on s’enjôle…
C’est la nuit, c’est la honte où l’on était réduit.
Mais les temps ont changé. Notre peuple aujourd’hui
Veut être libéré de sa longue infortune.
– Il quitte le cachot pour la cage commune,
Il sort, après longtemps, de clandestinité,
Et s’enferme aussitôt dans la conformité
D’une fade existence et d’un monde homogène !
La prison qu’on choisit a les pires des chaînes :
On en est le gardien ! – C’est une prison d’or !
– Où l’on prend le métro, où l’on travaille et dort.
– Où l’on sera modèle, où l’on fera l’exemple :
Déjà, nos cheveux courts sur l’oreille et la temple…
– Me font passer pour bête avec mes cheveux longs !
Et quiconque n’a pas le corps d’un Apollon
A serrer fièrement dans de coûteuses frusques,
N’est plus qu’un importun dont la présence offusque !
– Mais tu ne connais donc que des gays malappris ?
D’autres qu’eux t’apprendraient l’ouverture d’esprit,
L’absence de tabou, l’espoir, la tolérance,
Le bonheur de jouir, surtout l’indifférence :
Tout ce que peut offrir notre communauté,
Et que découvre en nous l’entière société.
Il est donc bien normal qu’on exige, en échange,
De ne plus être pris pour des êtres étranges,
Et que nos nouveaux us aux vieux soient mélangés.
– A tous ces beaux projets, je me sens étranger.
Je ne veux, comme vous, briller puis disparaître,
Filer comme une étoile à travers la fenêtre
Pendant que je suis jeune, et puis derrière un mur
Vivre communément tout un morne âge mûr.
Je ne me sens chez moi ni dans votre village,
Ni dans tout le pays, aux plus sobres usages.
– Ne dis donc pas cela ! Tu es toi-même gay ?
– Oh ! Je ne passe pas pour quelqu’un de bien gai !
– Tu aimes les garçons ? – Seulement ceux que j’aime.
J’en déteste bien plus ! Tout caillou n’est pas gemme.
– Tu fus, dans ta jeunesse, arrosé de gros mots,
Comme tant, chaque jour, de nos frères homos ?
– Je ne me sens pas frère à cause d’une insulte.
Dans vos bouges fumeux, où règne le tumulte,
Je me vois plus souvent insulter du regard
Que tous ces jeunes coqs me jettent sans égards.
– Mais ne rêves-tu pas qu’un oiseau de ton âge,
Un garçon comme moi, te demande en mariage ?
– Tu le fais chaque jour ; chaque fois je dis non.
– Quoi ? Tu n’aimerais pas t’alléger de ton nom,
Pour celui, plus gracieux, d’un autre que toi-même,
Par exemple, de moi, qui te sers et qui t’aime ?
– Allons ! Tu le sais bien, je te l’ai dit hier !
– N’as-tu pas honte, enfin, de n’être pas plus fier
De cette tendre amour qu’en mon cœur tu fais naître ?
Ne veux-tu pas du droit de faire reconnaître
A tout le monde entier la sublime douceur
De vivre entre les bras d’une belle âme sœur ?
– Je trouve bien plus douce une amour anonyme.
Je ne dis ma passion qu’à l’objet ou la rime.
Les noms des amoureux ne sont qu’aux deux amants.
Ceux qui s’aiment dans l’ombre aiment plus ardemment.
Mais regarde-moi donc ? On dirait que tu pleures…
– De la poudre à mon œil… Mais il est bientôt l’heure !
Hâtons-nous fièrement d’aller revendiquer
Le droit de nous marier, le droit, après niquer,
De porter un enfant dans notre propre ventre,
D’être bi, d’être trans, ou de balancer entre.
Mais dépêchons-nous bien, ou nous serons trop tard
Au rendez-vous fixé pour le commun départ.
– Je ne veux pas me rendre à cette marche fière !
– Et pour que moi non plus, qu’es-tu prêt à me faire ?
– Je puis m’offrir à toi si nous n’y allons pas.
Tu connais, je crois bien, tous mes secrets appas.
Car je sais que souvent, quand tu rentres bredouille,
Le sexe tout pendant, d’une de tes vadrouilles,
Et que tu viens chez moi chercher du réconfort ;
Quand j’ouvre une bouteille et que nous buvons fort
Jusqu’à ce que la nuit devienne matinée,
Au point que je t’entends d’une voix avinée
Demander si tu peux demeurer sous mon toit,
‘‘Afin, précises-tu, de dormir avec toi
En tout bien, tout honneur, sans te toucher le membre’’ ;
Je le sais bien, te dis-je, une fois dans ma chambre,
Que tu lèves le drap couvrant ma nudité,
Me croyant endormi, et qu’un œil excité
Me caresse partout, rêvant d’être une bouche…
Si nous restons ici, je t’invite en ma couche
Et permets à tes mains ce que me font tes yeux !
Mais ton joli regard me semble moins joyeux…
Tu pleures à présent ! Que sont ces chaudes larmes
Qui coulent sur ta lèvre et m’emplissent d’alarmes ?
Je commence à voir clair… Quand tu me prends la main
Et demandes qu’ensemble on fasse un long chemin,
Tu ne te moques pas ? Ta demande est sincère ?
– Je t’aime d’un amour qui me tord les viscères !
Tout mon cœur est criblé des flèches de l’Archer.
– Et tu me le cachais en me faisant marcher !
– J’espérais te le taire en le disant pour rire…
– Allons ! Mon tendre ami, retrouve ton sourire.
L’amour avait encore une flèche au carquois :
Je ne me moquais pas en m’offrant tout à toi.
Sache enfin que pour toi mon amour est le même.
Viens me prendre en tes bras et montrer que tu m’aimes.
Mais promets-moi d’abord de ne plus me prier
De t’aimer en public en allant me marier !
Ensemble n’habitons qu’en nos corps et nos âmes ;
Laissons le commun toit aux maris et aux femmes.
Les ardentes amours ne souffrent de témoins.
L’on ne voit s’épouser que ceux qui s’aiment moins.
Afin qu’aussitôt né notre amour ne se meure,
Soyons chacun pour l’autre une vive demeure
Que ne fonde et n’élève aucun de ces serments
Par lesquels, au grand jour, on s’abuse et se ment.
C’est d’eau fraîche et d’air pur que l’amour se façonne.
Ne laissons regarder notre flamme à personne
Qu’au soleil qui voit tout et par qui tout reluit,
Et qu’à sa pâle sœur quand se couche icelui.
Plutôt que d’exhiber en la marche hypocrite
Notre nouvel amour qui ne veut pas des rites,
Acceptes-tu donc bien de demeurer chez moi,
Le temps de la parade, à m’offrir tes émois ? »
Que croyez-vous qu’il fit ? Il accepta le pacte.
Sitôt dit, sitôt fait, nous passâmes à l’acte !
Après quoi mon ami, m’ayant beaucoup aimé,
Se retrouva bientôt beaucoup moins affamé :
S’étant bien contenté, il n’eut plus tant l’envie
De passer avec moi le reste de sa vie…
Mais vous verrez qu’un jour, ce sera mon devoir
D’épouser ce garçon, et puis de concevoir !22/06/2006Nouvelle lettre persane.
Delphine Minouï : la guignole de l’info. (J’ai trouvé le lien menant à ce texte en lisant, sur le blogue de Juan Asensio, un article de Jean-Pierre Tailleur consacré à Albert Londres.) Depuis la rédaction de cette ‘‘lettre persane’’ (au mois de décembre 2005), qui dénonçait l’aveuglement et les mensonges de Delphine Minouï, la journaliste a reçu, en mai 2006, le prix Albert Londres, précisément pour ses articles consacrés à l’Iran et à l’Irak.Un mien ami me disait tout à l’heure qu’il y avait, depuis quelque temps, une espèce de grand boiteux qui, sévissant sous le nom de Grand Corps Malade, se piquait d’être poète. Mais selon mon ami, ce qu’il y avait de plus poétique, dans ce que faisait cet éclopé, c’étaient ses pauvres chevilles ! |