22/12/2005Est-ce que le message est clair ?
Entendu à la télévision, pour inciter (la jeunesse, j’imagine) à s’inscrire sur les listes électorales  : qu’il vaut mieux voter que brûler des voitures. Alternative curieusement formulée. Je dirais plutôt qu’il vaut mieux voter que ne pas. Mais brûler des voitures, dans tous les cas, c’est interdit. Croit-on vraiment que tout ce qui est jeune et qui n’est pas encore inscrit sur les listes électorales brûle des voitures ou projette de le faire ? Est-on sûr que, parmi ceux qui ont effectivement brûlé des voitures, il ne se trouvait pas des inscrits sur les listes électorales ? Peut-on s’adresser à quelqu’un qui a réellement brûlé des voitures comme s’il était encore digne de voter, au même titre que quelqu’un qui n’a pas brûlé de voitures et qui respecte la loi et le bien d’autrui ? La plupart de ceux qui ont incendié des véhicules, à ce qu’on a dit, étaient si jeunes, qu’ils n’avaient pas encore atteint la majorité. Or on n’a pas le droit de vote, quand on est mineur ! Mais mieux vaut voter que brûler des voitures. Est-ce que le message est clair ?17/12/2005
Comme toujours, indignation sélective du peuple de GA. Prêchi-Prêcha (1) dénonce (2) (à tort ou à raison, là n’est pas la question) Choupine-et-Poupette, coupable, selon lui, de s’être moqué de l’obésité de Magalie, la gagnante de Star Academy (3). Et tout le peuple de chanter en choeur : Non, il ne faut pas se moquer des particularités physiques des uns et des autres, non, il ne faut pas, c’est mal. Mais lorsque l’abominable Babette (4) se moquait de mes cheveux, dans les commentaires de l’un de ses billets (5), il n’y avait alors personne pour la dénoncer. Si Prêchi-Prêcha intervenait, c’était uniquement pour évoquer une prétendue jalousie de ma part (6).
(1) Blogueur-prédicateur du début du XXIe siècle.
(2) Cf. aussi ce billet.
(3) Prestigieux concours de chant de l’époque.
(4) Blogueur ordurier contemporain d’OMB.
(5) En réalité, dans plusieurs billets, d’elle et d’autres blogueurs, dont il faudrait faire la recension.
(6) Prêchi-Prêcha écrivit : « Olivier est jaloux parce que Romain a fait un gentil post sur moi, il y a lgtps, c’est désolant. Pauvre petite chose. »
14/12/2005
J’ai ri en lisant cette notation de Guibert, dans Fou de Vincent : « ‘‘C’est à quel sujet ?’’ me demande la mère de Vincent ; envie de lui répondre : c’est au sujet de sa bite, Madame, j’aurai besoin de la sucer dans les meilleurs délais. » (1) Deux pages plus tôt, j’étais resté de longues minutes comme assommé par la mort du jeune électricien : « […] Je regarde ces fils disgracieux ; je pense : il les a touchés, il y a une semaine, il devait les retoucher ; sa mère l’a trouvé mort dans son lit samedi matin. » (2) J’ai repensé au jeune protégé du photographe Jacques B*** (le dernier amant de ma mère), qui mourut de la même façon, quand j’étais enfant. Entre ces deux pages, en lisant le nom de Cavafy (3), il m’a semblé tout à coup que j’avais entre les mains la preuve tangible que Guibert et moi nous étions rencontrés, en pensée. Pendant tout le temps de ma lecture, je m’étais dit que je devrais récrire des sonnets sur de ces mêmes instants que consigne Guibert dans ces pages, lui sur Vincent, moi sur Julien (4). Et le nom de Cavafy m’était venu à l’esprit : je m’étais fait cette réflexion qu’il y avait un peu de celui-ci chez celui-là. Simplement, ce qui est pureté, transparence cristalline chez l’un est, chez l’autre, une plus trouble humeur corporelle : des larmes, de la salive, de la sueur, du foutre. Hervé Guibert était peut-être un blogueur (5) avant l’heure : « Depuis six ans il envahissait mon journal. Quelques mois après sa mort, je décidai de le retrouver dans ces notes, à l’envers. » (6) Et encore : « Curieuse impression, de continuer à écrire un livre qu’on a remis à l’éditeur six mois plus tôt, dont le contrat est signé : l’écrire sur des feuilles volantes sans le taper et l’apporter ou le poster à l’éditeur au fur et à mesure des joies et des malheurs, une façon de réduire la distance entre soi et le livre, d’être encore plus proche de lui, encore plus à l’intérieur, comme écrire à même le livre. » (7)
(1) Hervé Guibert, Fou de Vincent (Les Editions de Minuit), p.59
(2) Ibid., p.57
(3) « Il faudrait pouvoir témoigner de ce moment, car il fut immense, mais il faudrait que son récit soit aussi cristallin qu’un poème de Cavafy […] », ibid., p.58
(4) Cf. ce qu’OMB appelle le cycle de Julien.
(5) Le 26 juillet 2005, OMB écrivait, dans son journal intime : «  J’ai commencé la lecture du Mausolée des amants. Finalement, c’est une sorte de blogue que ce journal : « (J’écrivais des lettres à T., sous la douleur les mots sortaient, je ne les lui envoyais pas, plaçais l’enveloppe cachetée à son nom dans une boîte de bois blanc, et il venait les lire, elles étaient à sa disposition, dans la boîte, je les relisais contre lui, je les échangeais contre son corps, sa bave, et il m’interdisait de les déchirer, elles s’empilaient, je lui disais : ‘‘Je t’ai écrit, là’’, en désignant la boîte, qu’il allait ouvrir, pour laquelle il laissait mon corps. Les lettres ont cessé, le cahier a pris le relais, est devenu l’endroit où il pouvait venir lire, à tout moment, dans mon absence. Je lui laissais mes clefs pour qu’il soit plus libre de le consulter. Maintenant, j’ouvre la boîte en public, j’ouvre le cahier et je le laisse ouvert : je peux facilement m’imaginer mort.) » Un blogue, ce n’est pas tant un journal publié sur Internet et qu’on peut parfois commenter qu’un journal qu’on peut lire à mesure qu’il s’écrit (alors que le journal ordinaire, si du moins il est publié, on ne le lit qu’une fois qu’il a été écrit). Il fut donc un temps où les blogues n’étaient pas encore ce phénomène de société. C’étaient des objets de papier dans une boîte de bois blanc, des objets rares, je veux dire : dont l’expérience (un journal se donnant à lire à mesure qu’il s’écrit) devait être rarement tentée. Sentir dans son dos, presque en même temps qu’on écrit, les yeux qui vont lire, qui lisent presque au présent, cela doit avoir une influence sur le contenu de ce qu’on écrit […] »
(6) Hervé Guibert, op. cit., p.8
(7) Ibid., p.13
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