DE PROFUNDIS PROVINCIA

CLAMAVI
BLOGAVI AD VOS LECTORES

BLOGUE ET SPICILÈGE
(Version 2)

Olivier Bruley

(L’auteur se réserve le droit de censurer les commentaires qui seraient injurieux ou méprisants, qui se réduiraient à d’inutiles manifestations de colère ou de mauvaise humeur, ou dont la syntaxe et l’orthographe seraient trop fautives pour être d’hommes vraiment capables de donner sens et forme à leur pensée, ce qui se conçoit bien s’énonçant clairement, comme chacun sait. Il rappelle que les plus sots de ses lecteurs, s’il en a, sont priés de se taire, ainsi que les éternels indignés, croit-il bon d’ajouter. Il est enfin toujours prêt à être détrompé, mais à condition, bien sûr, qu’on lui montre son erreur, au lieu de seulement la lui reprocher.)

16/08/2006

16/08/06 - 02:11

On pourra lire la suite de ce blogue sur cette page.

12/08/2006

12/08/06 - 03:05

Suites de la controverse commencée le 9 août dans ce blogue avec mon billet reprenant le titre d’un article de Renaud Camus : Que va-t-il se passer ? : un premier article de Herminien2 intitulé Réponse à un article islamophobe paru sur GA, suivi de commentaires de moi, et un second, de Fluctuatnecmergitur, intitulé Renaud Camus (écrivain français), suivi d’un commentaire de moi.

09/08/2006

09/08/06 - 19:25

Que va-t-il se passer ?


Voici, de Renaud Camus, un texte sans doute fort clairvoyant mais laissant hélas bien peu de place à l’espoir, intitulé : Que va-t-il se passer ?. Telle est, en effet, la question que se pose l’auteur, et sa réponse est des plus attristantes : ce sera « l’islamisation, totale ou partielle », de la France et de l’Europe. Celles-ci n’étant pas historiquement des terres d’islam, « il va se passer, écrit Camus, que des pans entiers et sans cesse s’élargissant de la France et de l’Europe vont ressembler de moins en moins à la France et à l’Europe que nous avons connues (mais que de moins en moins d’individus auront connues et que la déculturation générale leur permettra d’oublier, de méconnaître et de calomnier) ». Autrement dit, des pans entiers de notre civilisation vont disparaître, disparaissent sans doute déjà. D’où ma tristesse. La cause la plus manifeste de cette islamisation serait démographique, selon Renaud Camus : « L’islam, écrit-il, très imparfaitement bien sûr, mais assez étroitement tout de même, est lié à certains groupes ethniques ou nationaux qui fournissent depuis trente ans et plus les plus gros contingents de l’immigration. Les musulmans représentent donc, en proportion, une partie sans cesse croissante (mais jamais sérieusement évaluée) de la population. Or cette proportion croît d’autant plus, et d’autant plus vite, que selon toute apparence (même si c’est impossible à vérifier) leur taux de reproduction est plus élevé que celui de la plupart des autres parties de la population. » Une ‘‘riposte’’ serait de « promouvoir le développement démographique » des populations indigènes, historiquement non-musulmanes. Mais « les peuples les plus avancés économiquement et culturellement, poursuit Camus, (et par ‘‘avancés’’ nous n’entendons aucun jugement axiologique) ont bien conscience (serait-ce obscurément peut-être), et cela malgré les assurances qui leur sont prodiguées de concert par des experts prétendus et par leurs médias, qu’un développement démographique indéfini est éminemment nuisible à la planète comme à eux-mêmes. » C’est donc notre sagesse qui nous perdra. Nous disparaîtrons par « excès de civilisation », par «  son épuisement, son dernier mot mais aussi son au-delà, son retournement exsangue, et finalement sa négation. »



Je lisais tout récemment Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia. La patricienne ne parle jamais, dans ses tablettes, des bouleversements de l’empire. Autour d’elle, toujours plus de citoyens passent au parti chrétien, mais Apronenia Avitia semble ne rien voir, comme aujourd’hui beaucoup nient que l’islamisation de la France et de l’Europe soit une réalité (puissent-ils avoir raison !). Toutes les conversions, à Rome, ne sont pas sincères. Ce que dit Renaud Camus des convertis et futurs convertis à l’islam pourrait aussi bien s’appliquer aux convertis des IVème et Vème siècles : « Aux conversions purement religieuses, celles qui sont la conséquence et la substance même d’un acte de foi, s’ajoutent déjà les conversions que, faute d’un terme meilleur, on pourrait appeler ‘‘sociétales’’, voire ‘‘politiques’’ – lesquelles, d’ailleurs, sont loin d’être toujours et forcément insincères : conversions de ceux qui aspirent à la stabilité, à la détermination sinon à l’ordre, à la prise en main extérieure de leur vie, à la tranquillité, à l’anonymat, à la conformité avec l’environnement, ou qui sont naturellement portés (c’est une passion profondément humaine), à rejoindre le camp du plus fort, du plus résolu, du plus présent, du plus porteur d’avenir, du plus conforme, lui-même, à l’avenir tel qu’il paraît s’annoncer. » Pascal Quignard écrit : « La nuit du 24 août 410, l’ancienne amie d’Apronenia Avitia, Anicia Proba, passée depuis de nombreuses années au parti chrétien, fit entrer Alaric et les troupes gothiques furtivement dans Rome par la Porta Salaria. Anicia Proba (Procope, Bell. Vand. I, 2) déclara qu’elle avait agi par ‘‘charité dans le Christ à l’idée des souffrances des affamés’’. » (Pascal Quignard, Les Tablettes de buis d’Apronenia Avitia, Gallimard, 1984, collection L’Imaginaire, page 31.) Quant à Renaud Camus, il conclut ainsi : « Le mépris de soi nous sauvera du bain de sang. L’habitude de la capitulation fera le reste. »


Une réponse de Herminien2 : Réponse à un article islamophobe publié sur GA. Suivent quelques commentaires de moi.
Un article de Fluctuatnecmergitur, Renaud Camus (écrivain français), suivi d’un commentaire de moi.


02/08/2006

02/08/06 - 18:19

Quelques considérations sur la nouvelle et unique race.


Visitant, comme chaque jour, le blogue du jeune et beau Népomucène, je suis tombé sur cette citation d’un de nos grands poètes actuels (1) – il parle des bobos : « Ils sont une nouvelle classe,/Après les bourges et les prolos,/Pas loin des beaufs, quoique plus classe ». Ce que lisant, je me suis souvenu des deux articles (2) de Jean-Gérard Lapacherie consacrés à ce terme, non pas de bobo, mais de beauf, dans le blogue NLF. Selon Lapacherie, l’invention du beauf serait due à une « inversion raciste » dont il traite dans son second article : « Le Beauf, dit-il, inverse le racisme. Avec le Beauf, le raciste n’est plus celui qui est convaincu de sa supériorité, mais celui qui est assigné à une race inférieure. Ce n’est pas le surhomme hautain, arrogant et haineux : c’est le stigmatisé. L’invention du racisme est une inversion. […] Tout fait du Beauf un individu d’une sale race. Il n’est pas raciste, c’est-à-dire d’une race supérieure, comme l’était le soldat allemand de la propagande nazie, grand, blond, élancé, souple, fort. Il est petit, et presque aussi épais que haut. S’il ne l’était pas, il n’aurait pas survécu à l’évolution pour instruire les hommes : il faut que chacun le voie comme le spécimen d’une espèce tératologique appelée à s’éteindre. » Dans la réalité, ce beauf, dont les descriptions sont pourtant fort précises et connues de tous (on en trouve d’admirables dans les articles de Lapacherie), ce beauf n’existe pas, pas plus que n’existait le Juif de la propagande nazie : «  Le Beauf n’est pas différent du juif aux mains crochues, au nez busqué, au regard cupide, que montrait une partie de la presse du début du XXe siècle. Il conforte les racistes (les vrais) dans leurs certitudes. Il est une image pieuse qui incite à la piété raciste, la pire, l’impensée, la viscérale, la tripale […] » Au contraire du beauf, il me semble que son antithèse, le grand Duduche, existe dans la réalité. « Le Beauf a pour antithèse le grand Duduche, écrit Jean-Gérard Lapacherie, qui est grand, fin, élancé, filiforme, blond. Il a des cheveux longs, comme il se doit. Il porte de fines lunettes d’intello. Le Beauf est un primaire. Son antithèse se prépare à entrer à l’université, où il sera Bac + 4, cadre dans la culture, la com, la pub, l’enseignement, le socioculturel. » Grand, fin, élancé, filiforme, blond… Il me semble parfois que les rues grouillent de tels garçons. Mais peut-être n’est-ce qu’une illusion, qui s’expliquerait par le fait que je recherche ce type de garçons, que je trouve sexuellement plus excitant qu’un autre. Hypothèse : tout à l’opposé du beauf, cette sous-race en voie d’extinction, il y aurait l’homosexuel, ou plutôt, cette espèce d’homosexuel qu’on appelle gay. Le gay, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, est la quintessence d’homo festivus (l’expression est de Philippe Muray), qui est précisément la race à venir, la race officielle, la seule (car je rappelle qu’il n’y a pas de races, comme chacun sait), la race festive et métissée (3) du village mondial. Or le gay ressemble comme deux gouttes d’eau au grand Duduche : sans doute n’a-t-il pas les cheveux longs (quoiqu’on trouve parfois quelques garçons qui osent ne pas porter les cheveux courts, assurés qu’ils sont de leur beauté naturelle, sans doute, quelle que soit la longueur de leur chevelure.) Que le gay ordinaire porte les cheveux très courts, presque ras, n’est pas un hasard, bien sûr. Le gay idéal est nécessairement imberbe puisque le beauf, selon Lapacherie, a « les poils rêches ». Déjà, je gay vieillissant et dégarni préfère se raser le crâne. Mais je ne serais pas surpris que dans un avenir assez proche, tout gay ait le crâne rasé, comme la chanteuse Björk, dans l’un de ses clips, il me semble. Cela ferait ressortir encore l’espèce d’androgynie futuriste que la nouvelle race considère comme sa beauté idéale, et pas seulement les gays, qui ne sont que l’aseptique ‘‘avant-garde’’ de la société, l’exemple qu’elle suivra. Le plus triste est que je trouve cette race belle et sexuellement excitante, alors même que j’en diffère chaque jour un peu plus, puisque je vieillis (4). Car tant que nous ne connaîtrons pas les belles techniques évoquées dans Le Meilleur des mondes, nous n’appartiendrons qu’éphémèrement à la nouvelle race, le temps de la jeunesse. En cela, la race à venir n’est effectivement pas une race, puisqu’elle n’est pas transmise par les parents pour la vie entière. On peut donc dire, en effet, qu’il n’y a pas de race, ce dont personne ne doute, de toute façon. Dans Le Meilleur des mondes non plus, d’ailleurs, il n’y en a pas, puisque les parents n’existent pas. Etre parent, c’est accepter de devenir vieux. Dans Le Meilleur des mondes, il n’y a qu’une jeunesse qui dure toute la vie : on meurt avant d’être vieux. Les hommes étant stériles, puisqu’il n’y a pas de parents, « chacun appartient à tout le monde ». Autrement dit : chacun peut baiser avec n’importe qui, comme c’est généralement déjà le cas dans le milieu dit gay. Dans Le Meilleur des mondes, il n’y a plus de races, disais-je, mais des classes sociales, auxquelles on appartient selon qu’on a été conditionné, fœtus puis enfant, pour aimer tel emploi utile à la société, un peu comme déjà, chez les gays, tel garçon, considéré comme passif, comme intrinsèquement passif, est nécessairement fait pour être enculé par n’importe quel autre, naturellement actif. Il n’y a plus d’histoire, plus d’histoire personnelle. Les goûts et les couleurs sont fixés dès le départ et restent les mêmes jusqu’à la fin. Les actifs/passifs sont une anomalie qui ne saurait durer bien longtemps, je pense, dans le monde que l’on se prépare.


(1) Et pourquoi pas ? Après tout, « Les bobos, les bobos,/Les bobos, les bobos » (extrait de la chanson dont je reproduisais plus haut quelques vers, du chanteur Renaud, l’antique titi parisien), est, sans aucun doute, l’un des refrains les plus audacieux de toute la poésie française. C’est tout de même autre chose que le très vrai (qui mieux que Renaud, d’ailleurs, l’illustre ?) mais si plat « Il n’est bon bec que de Paris » !
(2) Cf. les articles Beaufs et Signes 2 – Inversion raciste
(3) Je me pose tout de même cette question : comment peut-il y avoir de métissage s’il n’y a pas de races ? Une explication possible : on parlerait comme si le but que notre société s’est fixé était atteint, tant, sans doute, il est vrai que l’évolution souhaitée est inéluctable. Ce serait déjà comme s’il n’y avait plus qu’une race, celle des métis, dont Yannick Noah, sorte de nouveau Noé (mais n’emportant qu’une espèce dans sa barque), serait le chantre : « Je suis fier d’être métis », l’entend-on dire dans une de ses chansons. Il ne se trouve déjà plus personne pour oser se dire fier d’être de ‘‘race française’’, entre guillemets, guillemets anglais, bien évidemment. Mais y eut-il jamais de race française ? Quel fou pourrait donc bien dire une chose pareille ?
(4) Admirable lucidité de Michel Houellebecq : « C’est tout à fait faussement, pensait par exemple Bruno, qu’on parle d’homosexuels. Lui-même n’avait jamais, ou pratiquement jamais, rencontré d’homosexuels ; par contre, il connaissait de nombreux pédérastes. Certains pédérastes – heureusement peu nombreux – préféraient les petits garçons ; ceux-là finissent en prison, avec des peines de sûreté incompressibles, et on n’en parle plus. La plupart des pédérastes, cependant, préfèrent les jeunes gens entre quinze et vingt-cinq ans ; au-delà il n’y a plus, pour eux, que de vieux culs flapis. Observez deux vieilles pédales entre elles, aimait à dire Bruno, observez-les avec attention : parfois il y a une sympathie, voire une affection mutuelle ; mais est-ce qu’elles se désirent ? en aucun cas. Dès qu’un petit cul rond de quinze-vingt-cinq ans vient à passer, elles se déchirent comme deux vieilles panthères sur le retour, elles se déchirent pour posséder ce petit cul rond ; voilà ce que pensait Bruno. » Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires, Flammarion, 1998, collection J’ai lu, pages 105-6.


02/08/06 - 00:38

Toute interprétation est délire.


« Ieurre trouva cela obscur et, plus clairement, hors sujet. R. répliqua que quand cela serait tout à fait clair, alors ce serait de plus en plus impénétrable, inexplicable. C’était moins de la carence du sens qu’il fallait se plaindre que de l’abondance des explications. Il n’y avait pas d’interprétation délirante parce que toute interprétation était délire. »


Pascal Quignard, Carus, Gallimard, 1979, collection Folio, page 116.


Et dans Le Sexe et l’Effroi, (collection Folio, page 341) : « […] C’est Jacques de Voragine qui porte une pierre à cet amas de ruines que j’ai désiré rassembler, et une preuve à mon délire. Parce que toute interprétation est un délire. »

28/07/2006

28/07/06 - 01:32

« C’est ainsi qu’entre l’époque de Cicéron et le siècle des Antonins, les relations sexuelles et conjugales se sont métamorphosées indépendamment de toute influence chrétienne. Cette métamorphose était achevée depuis plus d’un siècle quand la religion nouvelle se répandit. Les chrétiens reprirent à leur compte la nouvelle morale obséquieuse qui avait pris essor lors de l’installation de l’Empire sous l’empereur Auguste et sous son gendre Tibère.


Les chrétiens n’ont pas plus inventé la morale chrétienne qu’ils n’ont inventé la langue latine : ils adoptèrent l’une et l’autre comme si Dieu les leur avait prodiguées.  »



Pascal Quignard, Le Sexe et l’Effroi, Gallimard, 1994, collection Folio, pages 294-295.



Lorsque la morale chrétienne, qui est encore la mienne, quelque (1) mal gré que j’en aie (car même athée, on est un peu chrétien, précisément à cause de cette morale, qu’on a depuis l’enfance, serait-ce seulement pour avoir grandi suivant les mœurs du pays où l’on est né), quand cette morale, disais-je, me paraissait trop contraire à ma pente, je m’autorisais de ce que je n’avais pas seulement un père (le christianisme), mais aussi une mère (la Grèce et Rome), que j’avais la naïveté de croire plus coulante… Je commence seulement de me détromper.



(1) J’ai trouvé cette sublime tournure, tellement moins rude que le plus court malgré que j’en aie, dans Carus : « Il renaîtra, en dépit de lui, répéta Ieurre. Quelque mal gré qu’il en ait. C’est comme les fleurs au printemps. » (Pascal Quignard, Carus, Gallimard, 1979, collection Folio, page 98)


24/06/2006

24/06/06 - 13:08

LA GAYPRIDE


VERIDIQUE ANECDOTE


SURVENUE EN LA VILLE DE BORDEAUX


LE JOUR DE LA FOLLE PARADE


SATIRE


Puisque encore une fois tout un peuple empafé
Se répand dans la rue, à geindre et s’esclaffer ;
Puisque le bâtiment de nouveau batifole
En bandant en dessous de roses banderoles,
Le minet à son bras, bite à l’air, plume au cul,
Rêvant à chaque instant de le faire cocu,
Et l’œil se baladant sur ce qui gesticule,
Là-bas, un peu plus loin, dans l’espoir qu’on l’encule ;
Puisque le travelo (avec ses bas filés),
Sa mère et ses enfants s’en vont tous défiler,
En criant vers les cieux, sans aucune vergogne,
Qu’en leurs roses et choux ponde aussi la cigogne ;
Puisque, surtout, ces gens prétendent en mon nom
Crier tous leurs slogans de savantes guenons ;
Je vous donne à relire une ancienne satire
Que d’un de mes tiroirs à l’instant je retire.
Je vous y rapportais une conversation
Que m’avait faite un jour une courte passion.
Par amitié pour elle, on la laisse anonyme.
Je suis loin d’espérer des bravos unanimes :
Untel, mon grand ami, me dit, comme à chaque an :
« Olivier, ma chérie, il faut choisir ton camp !
Il est de ton devoir d’aller à la gayprade,
De te faire enfin voir à la fière parade.
– Comment pourrais-je, allons ? Je ne sais pas danser !
– Nul besoin de savoir : il n’y faut qu’avancer,
Pour qu’avance le monde et notre propre cause.
– Propre, dis-tu ? Pourtant, ça ne sent pas la rose.
Un jour (c’était la nuit), je m’en fus en un lieu,
Un de ceux qu’aiment tant ceux de notre milieu…
Il y faisait si noir que l’on n’y voyait goutte.
Mais on sentait partout des parfums qui dégoûtent,
Alliage moite et chaud de corporelle humeur,
De vice et de secret, d’haleines de fumeur…
Le sol était collant d’un mélange de foutres,
Et des mal élevés me faisaient voir leurs poutres !
Peut-on bien être fier de vivre en cancrelat ?
– Mais je ne parlais pas de cette chose-là.
Cet endroit que tu dis, c’est notre antique geôle,
Où d’à peine un regard, un clin d’œil, on s’enjôle…
C’est la nuit, c’est la honte où l’on était réduit.
Mais les temps ont changé. Notre peuple aujourd’hui
Veut être libéré de sa longue infortune.
– Il quitte le cachot pour la cage commune,
Il sort, après longtemps, de clandestinité,
Et s’enferme aussitôt dans la conformité
D’une fade existence et d’un monde homogène !
La prison qu’on choisit a les pires des chaînes :
On en est le gardien ! – C’est une prison d’or !
– Où l’on prend le métro, où l’on travaille et dort.
– Où l’on sera modèle, où l’on fera l’exemple :
Déjà, nos cheveux courts sur l’oreille et la temple…
– Me font passer pour bête avec mes cheveux longs !
Et quiconque n’a pas le corps d’un Apollon
A serrer fièrement dans de coûteuses frusques,
N’est plus qu’un importun dont la présence offusque !
– Mais tu ne connais donc que des gays malappris ?
D’autres qu’eux t’apprendraient l’ouverture d’esprit,
L’absence de tabou, l’espoir, la tolérance,
Le bonheur de jouir, surtout l’indifférence :
Tout ce que peut offrir notre communauté,
Et que découvre en nous l’entière société.
Il est donc bien normal qu’on exige, en échange,
De ne plus être pris pour des êtres étranges,
Et que nos nouveaux us aux vieux soient mélangés.
– A tous ces beaux projets, je me sens étranger.
Je ne veux, comme vous, briller puis disparaître,
Filer comme une étoile à travers la fenêtre
Pendant que je suis jeune, et puis derrière un mur
Vivre communément tout un morne âge mûr.
Je ne me sens chez moi ni dans votre village,
Ni dans tout le pays, aux plus sobres usages.
– Ne dis donc pas cela ! Tu es toi-même gay ?
– Oh ! Je ne passe pas pour quelqu’un de bien gai !
– Tu aimes les garçons ? – Seulement ceux que j’aime.
J’en déteste bien plus ! Tout caillou n’est pas gemme.
– Tu fus, dans ta jeunesse, arrosé de gros mots,
Comme tant, chaque jour, de nos frères homos ?
– Je ne me sens pas frère à cause d’une insulte.
Dans vos bouges fumeux, où règne le tumulte,
Je me vois plus souvent insulter du regard
Que tous ces jeunes coqs me jettent sans égards.
– Mais ne rêves-tu pas qu’un oiseau de ton âge,
Un garçon comme moi, te demande en mariage ?
– Tu le fais chaque jour ; chaque fois je dis non.
– Quoi ? Tu n’aimerais pas t’alléger de ton nom,
Pour celui, plus gracieux, d’un autre que toi-même,
Par exemple, de moi, qui te sers et qui t’aime ?
– Allons ! Tu le sais bien, je te l’ai dit hier !
– N’as-tu pas honte, enfin, de n’être pas plus fier
De cette tendre amour qu’en mon cœur tu fais naître ?
Ne veux-tu pas du droit de faire reconnaître
A tout le monde entier la sublime douceur
De vivre entre les bras d’une belle âme sœur ?
– Je trouve bien plus douce une amour anonyme.
Je ne dis ma passion qu’à l’objet ou la rime.
Les noms des amoureux ne sont qu’aux deux amants.
Ceux qui s’aiment dans l’ombre aiment plus ardemment.
Mais regarde-moi donc ? On dirait que tu pleures…
– De la poudre à mon œil… Mais il est bientôt l’heure !
Hâtons-nous fièrement d’aller revendiquer
Le droit de nous marier, le droit, après niquer,
De porter un enfant dans notre propre ventre,
D’être bi, d’être trans, ou de balancer entre.
Mais dépêchons-nous bien, ou nous serons trop tard
Au rendez-vous fixé pour le commun départ.
– Je ne veux pas me rendre à cette marche fière !
– Et pour que moi non plus, qu’es-tu prêt à me faire ?
– Je puis m’offrir à toi si nous n’y allons pas.
Tu connais, je crois bien, tous mes secrets appas.
Car je sais que souvent, quand tu rentres bredouille,
Le sexe tout pendant, d’une de tes vadrouilles,
Et que tu viens chez moi chercher du réconfort ;
Quand j’ouvre une bouteille et que nous buvons fort
Jusqu’à ce que la nuit devienne matinée,
Au point que je t’entends d’une voix avinée
Demander si tu peux demeurer sous mon toit,
‘‘Afin, précises-tu, de dormir avec toi
En tout bien, tout honneur, sans te toucher le membre’’ ;
Je le sais bien, te dis-je, une fois dans ma chambre,
Que tu lèves le drap couvrant ma nudité,
Me croyant endormi, et qu’un œil excité
Me caresse partout, rêvant d’être une bouche…
Si nous restons ici, je t’invite en ma couche
Et permets à tes mains ce que me font tes yeux !
Mais ton joli regard me semble moins joyeux…
Tu pleures à présent ! Que sont ces chaudes larmes
Qui coulent sur ta lèvre et m’emplissent d’alarmes ?
Je commence à voir clair… Quand tu me prends la main
Et demandes qu’ensemble on fasse un long chemin,
Tu ne te moques pas ? Ta demande est sincère ?
– Je t’aime d’un amour qui me tord les viscères !
Tout mon cœur est criblé des flèches de l’Archer.
– Et tu me le cachais en me faisant marcher !
– J’espérais te le taire en le disant pour rire…
– Allons ! Mon tendre ami, retrouve ton sourire.
L’amour avait encore une flèche au carquois :
Je ne me moquais pas en m’offrant tout à toi.
Sache enfin que pour toi mon amour est le même.
Viens me prendre en tes bras et montrer que tu m’aimes.
Mais promets-moi d’abord de ne plus me prier
De t’aimer en public en allant me marier !
Ensemble n’habitons qu’en nos corps et nos âmes ;
Laissons le commun toit aux maris et aux femmes.
Les ardentes amours ne souffrent de témoins.
L’on ne voit s’épouser que ceux qui s’aiment moins.
Afin qu’aussitôt né notre amour ne se meure,
Soyons chacun pour l’autre une vive demeure
Que ne fonde et n’élève aucun de ces serments
Par lesquels, au grand jour, on s’abuse et se ment.
C’est d’eau fraîche et d’air pur que l’amour se façonne.
Ne laissons regarder notre flamme à personne
Qu’au soleil qui voit tout et par qui tout reluit,
Et qu’à sa pâle sœur quand se couche icelui.
Plutôt que d’exhiber en la marche hypocrite
Notre nouvel amour qui ne veut pas des rites,
Acceptes-tu donc bien de demeurer chez moi,
Le temps de la parade, à m’offrir tes émois ? »
Que croyez-vous qu’il fit ? Il accepta le pacte.
Sitôt dit, sitôt fait, nous passâmes à l’acte !
Après quoi mon ami, m’ayant beaucoup aimé,
Se retrouva bientôt beaucoup moins affamé :
S’étant bien contenté, il n’eut plus tant l’envie
De passer avec moi le reste de sa vie…
Mais vous verrez qu’un jour, ce sera mon devoir
D’épouser ce garçon, et puis de concevoir !

22/06/2006

22/06/06 - 19:52

Nouvelle lettre persane.


Delphine Minouï : la guignole de l’info. (J’ai trouvé le lien menant à ce texte en lisant, sur le blogue de Juan Asensio, un article de Jean-Pierre Tailleur consacré à Albert Londres.) Depuis la rédaction de cette ‘‘lettre persane’’ (au mois de décembre 2005), qui dénonçait l’aveuglement et les mensonges de Delphine Minouï, la journaliste a reçu, en mai 2006, le prix Albert Londres, précisément pour ses articles consacrés à l’Iran et à l’Irak.

22/06/06 - 13:43

Un mien ami me disait tout à l’heure qu’il y avait, depuis quelque temps, une espèce de grand boiteux qui, sévissant sous le nom de Grand Corps Malade, se piquait d’être poète. Mais selon mon ami, ce qu’il y avait de plus poétique, dans ce que faisait cet éclopé, c’étaient ses pauvres chevilles !

04/05/2006

04/05/06 - 01:27

Distique.


Les garçons du drive-in, par les néons crachés,
S’évaporaient dans la sueur des steaks hachés.


11/04/2006

11/04/06 - 01:26

COMMENT PEUT-ON VOULOIR ÊTRE PERSAN ?


Olivier à Roxane à Paris.


Je n’avais d’abord pas compris à quel point vous aviez été affectée par l’annonce du départ de Julie pour l’Iran (1), et lorsque vous écriviez qu’« il existe des gens à qui le malheur manque à un tel point qu’ils vont le chercher où ils pensent pouvoir le trouver (2) », j’étais plus sensible à la beauté de la phrase qu’à sa vérité. Aujourd’hui je n’en vois plus que la vérité. Je vous avais déjà parlé, je crois, du petit monsieur de Prêchi-Prêcha, dont je lisais toujours avec grand intérêt les articles passionnants, dont un certain nombre traitait justement de l’Iran. Il avait visité la Perse pendant une semaine ou deux, et était rentré de son voyage entièrement conquis. Il était tombé amoureux de ce pays que vous aviez dû quitter parce qu’il ne vous aimait pas. Depuis, Prêchi-Prêcha ne manquait pas une occasion de nous dire sa passion de l’Iran. Mais son amour l’aveuglait. Car dans cette Perse où, selon vous, « la vraie amitié n’existe plus » et où « les gens sont retirés dans leur famille » (3), il voyait « l’un des pays musulmans au monde où la société civile est la plus structurée et la plus construite »  ! C’est vous dire où en est la civilité dans les autres pays… Mais il en est parfois des pays comme des jolis garçons. Ce sont des amours de vacances. On les aime tant qu’on ne vit pas avec eux et qu’on ne les connaît pas vraiment. Car il faut plus d’un mois pour connaître un pays, et des années, vous le savez mieux que personne, pour en maîtriser parfaitement la langue. Certains mettent toute une vie à apprendre que l’être qu’ils aiment est des plus détestables et doit être quitté dès que possible. Or cela, quelqu’un le dit un jour à Prêchi-Prêcha : « Il est facile d’aimer un pays de loin, dans lequel on est resté le temps qu’il faut pour se faire uniquement de bons souvenirs. » Comme votre Julie, Prêchi-Prêcha, qui était sûr de son amour pour l’Iran, décida de s’y installer. Que croyez-vous qu’il advint de lui ? Il y a deux jours qu’on m’a dit qu’il avait été pendu haut et court. Il avait trop aimé les Iraniens (4).


De Mont-de-Marsan, le 11 avril 2006.


(1) « Cher Montesquieu, Julie m’a appris une nouvelle qui m’a laissée sans voix. Elle veut aller en Iran ! Elle veut aller vivre pour quelque temps en Iran. Elle est amoureuse d’un architecte iranien qui a décidé de retourner au pays. Lorsque je lui ai dit qu’elle serait obligée de porter le voile, elle m’a répondu que ce serait une expérience moyenâgeuse, qui pourrait se révéler intéressante et l’aider à comprendre ce qui se passe dans le monde d’aujourd’hui. » Chahdortt Djavann, Comment peut-on être français ?, Flammarion, 2006, p. 253. Voir, à propos de ce livre, le billet qu’écrivit OMB le 8 avril 2006.
(2) Ibid.
(3) Op. cit., p. 157.
(4) « Saviez-vous que l’homosexualité est légalisée dans votre pays ? En Iran, c’est un crime, tant selon la loi que dans la mentalité des gens. » Op. cit., p. 220. Bien sûr, toute cette lettre est fictive et Prêchi-Prêcha n’alla jamais s’installer en Iran. Il préféra la vie.

08/04/2006

08/04/06 - 03:47

Comment peut-on être français ?


Le titre du roman de Chahdortt Djavann, Comment peut-on être français ? (Flammarion, 2006), est naturellement un souvenir des Lettres persanes. Montesquieu est d’ailleurs si cher à l’auteur que c’est précisément à lui que son personnage, Roxane, une Iranienne venue s’installer à Paris sans d’abord parler un traître mot de français (comme ce fut d’ailleurs le cas de Chahdortt Djavann elle-même), décide, après avoir appris notre langue dans les textes de nos plus grands auteurs, d’écrire des lettres, pour s’exercer, de nouvelles Lettres persanes, en quelque sorte, leur suite, près de trois siècles plus tard. La première lettre commence par ces mots : « A mon cher géniteur, Monsieur de Montesquieu ». La Roxane de Chahdortt Djavann se reconnaît en effet tellement dans celle de Montesquieu qu’elle imagine ne faire qu’une avec elle et avoir été créée par lui. « Apprendre que sa créature imaginaire était devenue un être réel après trois siècles lui ferait sûrement plaisir. Sa Roxane rebelle, indépendante, empoisonnée en 1720, ressuscitée en 2000 à Paris ! […] Oui, elle écrirait à Montesquieu, peu importaient les trois siècles qui les séparaient. Ne lui avait-il pas fait écrire des lettres, lui ? Dans la dernière lettre de Roxane, celle par laquelle les Lettres persanes s’achevaient, dans cet esprit révolté dont la plume de Montesquieu avait doté le personnage de Roxane, dans cet esprit-là Roxane se reconnaissait, si bien qu’on aurait pu croire que les deux Roxane ne faisaient qu’une, mais vivant à trois siècles d’intervalle dans des conditions différentes. La première, dans la tête, sous la plume de Montesquieu en 1720, la Roxane imaginaire, et la deuxième en 2000, la Roxane réelle. » Mais, si la Roxane réelle appelle Montesquieu son géniteur, c’est peut-être aussi parce que, en étant le destinataire des lettres dans lesquelles elle peut enfin s’exercer, malgré son grand isolement dans notre pays, à parler une langue qu’elle veut s’approprier, celui-ci la fait naître une seconde fois, c’est-à-dire devenir véritablement française. Comment, en effet, peut-on être français ? Peut-être d’abord, tout simplement (mais, en l’occurrence, cela est rien moins que simple), en parlant le français : « Elle savait qu’elle ne serait jamais française par le sang ou par la terre ; elle voulait l’être par la langue. C’est dans la langue que tout s’enracine, se disait-elle. Si les Français ne parlaient pas français, ils ne seraient pas des Français. Sa patrie à elle serait la langue. » Si Roxane veut parler français, ce n’est donc pas seulement pour communiquer, mais bien, avant tout, pour être, pour être française. « Elle ne voulait pas de cette langue comme d’un simple outil de communication, elle voulait accéder à son essence, à son génie, faire corps avec elle ; elle ne voulait pas seulement parler cette langue, elle voulait que la langue parle en elle. Elle voulait s’emparer de cette langue et que cette langue s’empare d’elle. Elle voulait vivre en français, souffrir, rire, pleurer, aimer, fantasmer, espérer, délirer en français, elle voulait que le français vive en elle. Roxane voulait devenir une autre en français. »


Dans ses lettres, Roxane ne nous fait pas seulement voir de la France, avec son regard neuf, ce que nous autres plus anciens Français qu’elle ne voyons plus depuis longtemps. Elle nous montre aussi son propre pays (mais qui la désappropriait d’elle-même), l’Iran, qu’elle a dû fuir, pour vivre : « Si je n’avais dû être que ce que faisaient de moi mon époque et mon pays, dit-elle, je serais morte ». Mais quelle renaissance, en France ! « En un an, écrit Roxane, j’ai appris plus que je n’aurais pu apprendre en toute une vie en Iran. » Car entre son ancien pays et le nouveau, il y a un monde : « Le voyage de l’Iran à Paris n’était pas simplement un déplacement dans l’espace et un changement de pays, mais surtout un voyage dans le temps. » Et quel bond dans le temps ! Roxane écrit à Montesquieu que « l’Iran d’aujourd’hui a encore du retard par rapport à la France de [son] époque » ! L’islam et les ‘‘mollaks’’ maintiennent le pays dans une telle barbarie que les sentiments et les relations les plus élémentaires, les plus indispensables, n’y ont plus même cours (et, longtemps, civilité voulut dire civilisation) : « En Iran, les plaisirs et les joies sont toujours graves et sévères, et on n’y goûte qu’en risquant d’être puni par l’autorité. Ni les femmes ni les hommes n’ont la gaieté des Français. Ils n’ont point de liberté d’esprit. La vraie amitié n’existe plus (je souligne). Les gens sont retirés dans leur famille et, même dans leur maison, ils n’ont point la liberté de goûter aux plaisirs de la vie. » Mais mes quelques lecteurs, qui sont homosexuels, pour la plupart, verront mieux encore le gouffre qu’il y a entre la France et l’Iran, entre le Moyen-âge et nos jours, entre la barbarie islamique et la civilisation européenne, dans ce court extrait de la lettre IX que Roxane écrit à Montesquieu et traitant de l’homosexualité, de la pédophilie et de la polygamie : « En France règne la liberté. Saviez-vous par exemple que l’homosexualité est légalisée dans votre pays ? En Iran, c’est un crime, tant selon la loi que dans la mentalité des gens. En revanche, la pédophilie est un crime dans votre pays, alors qu’en Iran, comme dans beaucoup de pays musulmans, les fillettes sont bonnes à marier dès l’âge de neuf ans. La polygamie est interdite dans votre pays, comme elle l’était auparavant, tandis qu’en Iran elle est pratiquée encore aujourd’hui. Les pays démocratiques et les pays de l’islam ont des lois si différentes qu’on croirait que mille ans les séparent. »


Un très bel article sur Comment peut-on être français ? dans le blogue Nouvelle Langue Française : Quand la lumière vient d’Iran.

17/02/2006

17/02/06 - 02:57

Distique.


Quelqu’un (1) me voulait voir rouvrir mes commentaires :
Les plus sots d’entre vous sont priés de se taire.


(1) Il semble que ce soit son ami Esteban, lui-même blogueur, qui ait persuadé OMB de rouvrir les commentaires de son journal. Il lui avait reproché, dans une conversation électronique (dont on a retrouvé la sauvegarde sur un disque dur lui ayant appartenu), de se « comporter comme un autiste, à soliloquer de la sorte ». Mais d’autres blogueurs encore n’appréciaient pas que les commentaires leur fussent fermés. Ainsi le célèbre Prêchi-Prêcha, l’un des grands stylistes de l’époque, avait écrit, un jour qu’OMB s’en était pris à lui, par pure malveillance, il faut bien l’admettre : « Cela me fait toujours un peu mal de voir mon pseudo parodié sur des posts sur lesquels on ne peut pas répondre. On me prête des propos ou des façons d’être, sans que je puisse donner mon avis. Ce sont des méthodes comme d’autres. Après tout, c’est révélateur. » Mais, comme Prêchi-Prêcha le reconnaissait implicitement en parlant de « pseudo parodié », il faut dire, à sa décharge, qu’OMB donnait dans la satire et qu’il ne faisait que respecter une loi du genre en peignant un Prêchi-Prêcha difforme et néanmoins ressemblant, ne fût-ce que par un seul trait de son visage ou de son caractère : il en faisait une caricature. Il écrivit d’ailleurs dans ses Mémoires d’exil : « Ce que je racontais sur Prêchi-Prêcha était certes cruel, injuste et souvent faux, mais comme pour les caricatures de Mahomet, qui firent si grand scandale à la même époque, tout le monde savait que ce que je disais de lui était injuste et faux, et je ne m’expliquais pas comment il pouvait ne se trouver personne pour prendre ma satire pour ce qu’elle était, c’est-à-dire rien de plus qu’une plaisanterie, d’un goût peut-être un peu douteux, il est vrai. Prêchi-Prêcha était mon Mahomet à moi. Lui que j’avais si souvent entendu dire la fascination qu’il avait pour l’islam, il aurait dû se sentir flatté. » Le gros Steevy Boulette, quant à lui, tenait OMB pour un hypocrite. Il écrivit, en effet, dans son blogue : « Notre Mémère à caniche défend la liberté d’expression en fermant ses commentaires. Tartuffe ! Vous avez dit Tartuffe ? » Ils étaient plusieurs blogueurs à insinuer, comme ce Steevy Boulette, que ce n’était pas respecter tout à fait la liberté d’expression que de ne pas permettre aux hommes de s’exprimer librement en tous lieux. Mais l’essentiel n’est-il pas que chacun puisse s’exprimer librement en un endroit au moins ? Est-ce vraiment priver les libertins de leur liberté que de leur interdire de crier leur incrédulité à l’intérieur même de l’église, s’ils peuvent le faire sur le parvis ?

13/02/2006

13/02/06 - 16:29

Pas de provocation !


Les blogueurs sont toujours si sérieux, si informés, si rigoureux, si concernés, si généreux, même, et si engagés ! N’y a-t-il donc que des Prêchi-Prêcha, que des Nono Pestant, sur la toile, et nonobstant qu’ils aient probablement mieux à faire, comme dirait le bon gros Steevy Boulette ? Et si, pour une fois, nous nous laissions aller à un peu plus de légèreté ? Voici donc une amusante petite vidéo, que j’ai découverte en lisant le blogue de Jugurta, qui lui-même avait trouvé le lien dans les Chroniques de l’eXtrême-centre. Que peut-on voir, dans cette vidéo ? Cela se passe lors de la manifestation organisée à Paris, le samedi 11 février, contre la publication des caricatures de Mahomet. « 7200 personnes, selon la police, apprend-on dans un article du Monde, ont défilé dans le calme de la place de la République à la place de la Nation à l’appel de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis. » Pour tout dire, c’était si calme qu’on n’entendit pas même un Allah o akbar, pas un seul (comme on peut d’ailleurs le vérifier sur la vidéo). C’était bien différent, toujours selon le même article, lors de la manifestation de Strasbourg, le même jour, laquelle, il est vrai, était organisée à l’appel d’une organisation islamiste : on pouvait donc s’attendre à ce que Dieu fût, là-bas, nettement plus grand ! Mais revenons à nos moutons, c’est-à-dire à la manifestation de Paris. Voici que deux irresponsables entrent en scène. Irresponsables, je ne vois pas d’autre mot. Car la liberté d’expression, comme chacun sait, ne va pas sans la responsabilité ! Et quand on est quelqu’un de responsable, on ne dit, en toute liberté, bien sûr, que ce que tout le monde veut entendre ! Or, l’un de nos irresponsables avait osé se joindre au cortège en arborant un drapeau danois. Quant à l’autre, il transportait, non pas sur un plateau d’argent, mais sur une feuille blanche, une (fausse) main tranchée tenant un feutre de dessinateur. Ah ! Vraiment ! Les inconscients ! Les réactions des manifestants furent partagées. « C’est une provocation, ou quoi ? » « Ignorez-les. C’est des idiots. Il faut les ignorer. » « Est-ce qu’ils viendraient provoquer, à une autre manifestation ? » « Vous insultez un milliard et demi de musulmans ! » Car les musulmans, semble-t-il, sont des gens susceptibles. Il n’y a pas que lorsqu’on caricature leur prophète qu’ils se sentent insultés, mais aussi quand on arbore, par exemple, le drapeau d’un pays dans lequel des caricatures dudit prophète on été commises ! « Face de rats ! », entendit-on également, et encore : « Ah ! Les fils de l’adultère ! Ah ! Les deux homosexuels ! ». En plein Paris, « Ah ! Les fils de l’adultère ! », on aura tout vu ! La police, heureusement, finit par faire sonner sa sirène. Elle venait, semble-t-il, à la rescousse des deux irresponsables, qu’il fallait mettre en sécurité. Mais c’est à ce moment, au son de la sirène, qu’on entend ma réplique préférée, tenue par un manifestant soucieux de se faire bien voir des agents de police : « C’est quelqu’un qui provoque, là-bas, hein ! On veut pas faire de problèmes, nous. » On croirait la réplique d’un sketch ‘‘sympa’’ !

06/02/2006

06/02/06 - 15:30

FREEDOM GO TO HELL


« Comment concilier liberté de la presse et respect des religions », entendais-je demander tout à l’heure, à la télévision. Respecter les religions, je croyais un peu naïvement que c’était les tolérer, les laisser pratiquer librement. Mais non, il semblerait que respecter les religions, ce soit désormais en respecter les lois. Comment, alors, respecter toutes les religions ? Il ne serait pas permis de représenter le prétendu prophète Mahomet. Mais le problème n’est pas exactement là, me font remarquer certains blogueurs, qui m’apprennent qu’il existerait bel et bien des représentations de Mahomet, même en terre d’islam. Non, ce qui n’est pas permis, c’est de ne pas représenter Mahomet, ou plutôt, de le représenter non pas exactement tel qu’il est, mais tel qu’il n’est qu’en partie, partie exagérément grossie, déformée parfois jusqu’au grotesque, ou tel qu’on croit qu’il est quand on n’est pas musulman, ou tel qu’on veut montrer qu’il pourrait être, pour s’en moquer, par exemple, etc., etc. Il n’est permis de représenter Mahomet qu’en prophète, exemplaire, irréprochable, ce qu’il est, bien sûr, les musulmans le savent bien. Mais si l’on n’a le droit de représenter ou de dire que ce qui est, alors, qu’est-il encore permis de dire ? Ai-je le droit de dire que Mahomet n’est qu’un prétendu prophète, qu’il n’est pas un prophète pour moi qui crois, fou que je suis, que Dieu n’existe pas ? A-t-on le droit de ne pas être musulman ? De ne pas l’être, probablement encore. De ne plus l’être, la chose est moins sûre. Qu’on songe à Messaoud Bouras, menacé de mort, en France, pour avoir publiquement renié sa religion. A-t-on le droit d’être libre ?


18/01/2006

18/01/06 - 18:28

Nouvelle Langue Française


Les blogueurs ne manquent pas. Les blogueurs dignes d’intérêt sont plus rares. En voici pourtant un, que Juan Asensio nous présente comme un « anatomiste opérant sur la table de dissection de la Nouvelle Langue Française ». Nouvelle Langue Française, tel est en effet le titre du blogue qu’à mon tour je vous invite à lire (il est sous-titré : Dissoudre l’idéologie qui génère la nouvelle langue française). Son auteur, qui se fait appeler Arouet le jeune, présente son blogue par ces quelques mots : « L’Allemagne nazie a eu la LTI (Lingua Tertii Imperii) ; la Russie soviétique, la TFT (toufta) ; le communisme et les pays où il a régné, la novlangue ; les organisations socialistes ou autres, la langue de bois ; la France a aujourd’hui sa NLF ou Nouvelle Langue Française, la langue écran ou herse ou camisole de force des bien pensants qui, en nous imposant des mots frelatés, veulent nous interdire de saisir le réel et de le penser. » La NLF est une fausse monnaie. Notre blogueur s’est fixé pour but de révéler la réalité de fer que recouvre de feuilles d’or la Nouvelle Langue Française. ‘‘Dorer les fers’’  : le tout premier billet du blogue est précisément consacré à cette expression aujourd’hui désuète (elle est dans le Dictionnaire de la langue française de Littré, mais plus dans le Trésor de la Langue française. « Pourtant, nous dit Arouet le jeune, rien n’est plus commun que les fers dorés. Représenter la tyrannie ou la réduction du plus grand nombre à l’esclavage comme une avancée de la démocratie ou un grand pas de l’humanité vers le bonheur collectif ou peindre la servitude sous les couleurs de la liberté a été sans aucun doute l’activité essentielle des intellectuels bien pensants du Siècle des Ténèbres (le XXe siècle). C’est ainsi que le communisme a été qualifié d’humanisme, que le socialisme national est apparu sous la plume de quelques écervelés comme un nouveau romantisme, que le tiers monde a été peint comme l’avenir de l’humanité, que l’islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix. »

A propos de l’islam, l’article consacré au mot islamisme est tout à fait passionnant. On y apprend que les mots islam et islamisme, entre lesquels, comme chacun sait, on nous exhorte chaque jour à ne pas faire d’amalgame, sont en réalité strictement synonymes, et cela depuis 1697 (1). Evidemment, le blogueur est conscient de l’objection qu’on pourrait lui faire que les « mots évoluent en fonction des événements ». Le Petit Larousse tient d’ailleurs compte de cette évolution. Mais la remarque que fait à ce sujet l’auteur de Nouvelle Langue Française en dit long sur le sérieux de ce dictionnaire : « De fait, dans l’édition de 1992 du Petit Larousse (en grand format), islamisme est suivi de deux acceptions : ‘‘1. Vieilli. Religion musulmane, islam. 2. Mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques’’. On est en droit de juger étrange que la maison Larousse ait décidé de son propre chef que le sens ‘‘islam’’ d’islamisme, sens établi neuf ans plus tôt dans le Trésor de la Langue française, était vieilli. Une acception est vieillie ou désuète quand elle n’est plus attestée depuis un siècle. Un sens qui vieillit en moins de dix ans, cela ne s’est jamais vu dans aucun dictionnaire du monde, sur quelque langue qu’il porte. »

L’article consacré au glissement de sens de sentiment d’insécurité m’a même rassuré sur moi-même. Je me suis rappelé que si, parfois, je ne me sentais pas en sécurité (oui, même dans ma petite ville de province, cela arrive), c’était d’abord parce que je savais que je ne l’étais pas, non parce que je le croyais. Sentiment d’insécurité a eu le sens de ‘‘conscience (ou connaissance) de la réalité d’une chose’’ avant de signifier, dans la NLF, « quelque chose comme ‘‘émotion irraisonnée’’, ‘‘fantasme’’ ou ‘‘fruit d’une peur incontrôlée’’ ou ‘‘produit frelaté de l’imaginaire collectif’’ ». Pour la NLF, sentiment d’insécurité « n’est pas la connaissance qu’un citoyen éclairé a du réel, il s’est dégradé en désordre mental. Emotivité excessive, représentation prévalente, activité psychique dirigée qui n’est plus libre, il est l’expression visible d’un trouble mental. Les citoyens qui s’évertuent à connaître les réalités et à y donner un nom juste sont des dérangés mentaux. Ils ne dérangent plus les puissants : la langue transformée en camisole de force verbale les condamne à se taire ». Mais en réalité, nous ne sommes pas fous. Nous sommes seulement conscients de ce qui se passe.


(1) « En français, écrit Arouet, islam et islamisme sont synonymes, et cela depuis 1697, quand d’Haberlot, professeur au Collège de France, a, dans sa Bibliothèque orientale, formé islamisme, en ajoutant le suffixe isme au mot arabe islam, le francisant de fait, parce que, de tous les noms désignant des religions, islam était le seul qui ne fût pas terminé par isme. »

11/01/2006

11/01/06 - 20:22

Que la fête commence… (1)


SATIRE


Il y avait hier ce film à la télé,
Qui me fait chaque fois, peut-être pas hurler,
Mais rire de bon cœur : Que la fête commence… (2)
Dans une scène un duc, celui de la Régence,
Philippe d’Orléans, prince désespéré,
Cynique, jouisseur et tendre invétéré,
Que suit l’abbé Dubois, son bouffon de ministre,
Descend d’un beau carrosse en une cour sinistre,
Pleine d’un grand concours de pauvres et de gueux
Venus tendre au Régent l’épiderme rugueux
De sales grosses mains, dans l’espoir qu’on y donne.
Le prince est généreux ; l’abbé ne voit personne !
– Toi, tu ne fais jamais l’aumône aux miséreux…
– Ah ça non, Monseigneur, ils sont bien trop nombreux !
Sans doute faut-il être en bien grande misère
Pour ne pas rire un peu des mots du ministère !
Un dénommé Chirac, médicastre du temps,
Paraît deux ou trois fois, gros, gras et rebutant,
Dans des scènes du film. Si j’ai bonne mémoire,
Ce sage médecin n’arrivait pas à croire
(Quand depuis fort longtemps ce n’est plus litigieux)
Que peste ni variole étaient maux contagieux !
Cela n’empêcha pas d’entrer dans la noblesse
Cet homme dont l’esprit manquait bien de souplesse.
Je me demande si l’actuel président (3)
Compte dans ces aïeux ce cuistre, ce pédant.
Les temps ont bien changé : désormais, dans la France
Un Chirac peut fort bien détenir la régence.
Les petits d’autrefois sont les rois d’aujourd’hui.
Un autre changement s’est encore produit :
Quoique tournant toujours autour du même thème,
Les répliques des grands ne sont plus bien les mêmes :
– Ne laissez pas un cent aux pauvres amassés.
– Il est vrai, Monseigneur, qu’ils ne sont pas assez !
Il faut sans doute avoir un gros paquet de thunes
Pour ne pas pleurer fort devant notre (4) infortune.
Vers la fin de ce film, pris d’une étrange peur,
Le régent, sans raison, croit soudain qu’il se meurt…
– L’abbé ! Je meurs ! L’abbé ! Quittons la bacchanale !
Dubois cesse de boire aux fentes vaginales,
Et suit ce pauvre duc qu’il faut accompagner.
Ils vont trouver Chirac, seul à pouvoir soigner
Un mal inexistant, mais d’autant plus terrible.
L’équipage à travers la campagne paisible
S’ébranle à grand galop, lorsque, chemin faisant,
La voiture renverse un petit paysan.
L’enfant meurt sur le coup. On descend du carrosse,
Court vers le petit corps, qui gît, douleur atroce,
Entre les maigres bras de sa plus grande sœur.
En voyant ce tableau, le prince jouisseur,
Apparemment ému (à moins tout au contraire
Qu’en ce royaume rien ne le puisse distraire
De sa propre personne et de ses gros malheurs)
Commande que l’on donne à la soeurette en pleurs,
Pour la dédommager, quelques pièces dorées.
Et même alors on rit, quand devant l’éplorée,
Dubois, que rien ne touche, excepté le danger
De devoir de sa poche une pièce allonger,
S’écrie : « Ah ! J’en ai pas ! J’en ai pas ! », plein d’angoisse.
Le prince fait encor la généreuse grâce
D’inviter les parents de cette pauvre enfant
A venir au palais dès le matin suivant
Pour être mieux payés de leur cruelle perte ;
Puis remis, semble-t-il, de sa première alerte
(Il fallait pour cela qu’au milieu d’un chemin
S’aventure et trépasse un imprudent gamin
Entre les gros sabots d’impétueuses rosses),
Le voici remontant dans un second carrosse,
Qui suivait le premier, gisant un peu plus loin.
Les princes ont souvent de ces sortes d’appoints.
Il repart. Mais la sœur, la jeune paysanne,
Qui tient entre ses bras le petit corps diaphane,
Est pleine dans les yeux d’un limpide courroux :
Saisissant un flambeau de ses frêles bras roux,
Pour enflammer avec, sur le bord de la route,
La voiture échouée, elle la brûle toute,
Puis revient sur ses pas délicats et furieux
Jusqu’à son petit frère, et lui rouvre les yeux,
Tenant droit le garçon qui vient de rendre l’âme,
Afin que, de la mort, il puisse voir ces flammes,
Avant d’aller payer son obole au passeur.
« Regarde, petit frère, et vois, lui dit la sœur,
Comme brûlent ces riens, causes de nos souffrances ! »
Et bientôt, en effet, tout brûlait dans la France.
Difficile aujourd’hui de se représenter
Que si nous jouissons de notre liberté,
C’est grâce à cette fille autant qu’à nos grands hommes.
D’elle nous descendons, tous autant que nous sommes.
Mais d’elle on ne voudrait pas plus que d’un rôdeur.
A cause de son air et de sa sale odeur,
De sa peau, de ses poux et de toute sa crasse,
Nous la pourchasserions, comme une abjecte race !
Nous sommes devenus tous des ducs d’Orléans,
Assoiffés de plaisirs, affamés de néant.
Notre indécent banquet nous semble toujours chiche :
Pauvres nous nous trouvons de n’être pas plus riches !
Nous manquerons toujours de n’avoir pas encor.
Les excès, non la faim, nous maigrissent le corps,
Quand nous ne l’avons pas gonflé par la paresse,
Tant est devenu vrai qu’être assis nous engraisse.
Notre peuple autrefois, soulevé par la faim,
Criait à l’injustice, allait y mettre fin.
Aujourd’hui qu’ont cessé l’émeute et la colère,
Puisqu’en la douce France, il est moins de misère,
Le peuple est attroupé, non pour le prix du pain,
Mais parce qu’est baissé celui des escarpins !
Des marchands de souliers, nous sommes à la solde.
Quand émeute il y a, c’est que ce sont les soldes (5).


(1) OMB avait déjà publié cette satire dans la première version de son blogue.
(2) Que la fête commence…, Bertrand Tavernier, 1975.
(3) Il s’agit de Jacques Chirac, qui semble avoir été Président de la République à l’époque où OMB écrivait cette satire.
(4) OMB semble se compter parmi les moins chanceux de son temps. Pourtant, certains indices laissent penser qu’il n’était pas tant à plaindre que cela.
(5) Cette satire fut vraisemblablement écrite avant les émeutes de 2005. C’est sans doute à cause des images que diffusait régulièrement la télévision, montrant la foule, à l’ouverture des magasins, se ruant sur les produits devenus moins chers et se les disputant, qu’OMB assimile les soldes à des émeutes. On doute qu’il ait lui-même assisté, encore moins participé, à de telles scènes. Il ne détestait rien tant que la foule.

11/01/06 - 14:17

La parole d’un enfant


La crédibilité de la parole d’un enfant ? Mais, comme son nom l’indiquait, l’enfant, c’était celui qui ne parlait pas, non qu’il n’en fût pas capable, bien sûr, mais parce qu’il n’en avait pas le droit. Il n’avait pas voix au chapitre, sa parole ne comptait pas.


07/01/2006

07/01/06 - 13:34

Le peuple de GA. Et moi.


« Inspirations, méditations, œuvres, gloire, talents, il dépendait d’un certain regard que ces choses fussent presque tout, et d’un certain autre, qu’elles se réduisissent à rien.

Puis, à une lueur apocalyptique, je crus entrevoir le désordre et la fermentation de toute une société de démons. Il parut, dans un espace surnaturel, une sorte de comédie de ce qui arrive dans l’Histoire. Luttes, factions, triomphes, exécrations solennelles, exécutions, émeutes, tragédies autour du pouvoir !... Il n’était bruit dans cette République que de scandales, de fortunes foudroyantes ou foudroyées, de complots et d’attentats. Il y avait des plébiscites de chambre, des couronnements insignifiants, beaucoup d’assassinats par la parole. Je ne parle point des larcins. Tout ce peuple ‘‘intellectuel’’ était comme l’autre. On y trouvait des puritains, des spéculateurs, des prostitués, des croyants qui ressemblaient à des impies et des impies qui faisaient mine de croyants ; il y avait de faux simples et de vraies bêtes, et des autorités, et des anarchistes, et jusqu’à des bourreaux dont les glaives dégouttaient d’encre. Et les uns se croyaient prêtres et pontifes, les autres prophètes, les autres Césars, ou bien martyrs, ou un peu de chaque. Plusieurs se prenaient, jusque dans leurs actes, pour des enfants ou pour des femmes. Les plus ridicules étaient ceux qui se faisaient de leur chef les juges et les justiciers de la tribu. Ils ne paraissaient point se douter que nos jugements nous jugent, et que rien plus ingénument ne nous dévoile et n’expose nos faiblesses que l’attitude de prononcer sur le prochain. C’est un art dangereux que celui dans lequel les moindres erreurs peuvent toujours s’attribuer au caractère.

Chacun de ces démons se regardait assez souvent dans un miroir de papier ; il y considérait le premier ou le dernier des êtres…

Je cherchais vaguement les lois de cet empire. La nécessité d’amuser ; le besoin de vivre ; le désir de survivre ; le plaisir d’étonner, de choquer, de gourmander, d’enseigner, de mépriser ; l’aiguillon de la jalousie, menaient, irritaient, échauffaient, expliquaient cet Enfer.

Et je m’y suis vu moi-même ; et sous une figure inconnue de moi, que mes écrits, peut-être, avaient formée. »


Paul Valéry, Monsieur Teste.

22/12/2005

22/12/05 - 20:07

Est-ce que le message est clair ?


Entendu à la télévision, pour inciter (la jeunesse, j’imagine) à s’inscrire sur les listes électorales  : qu’il vaut mieux voter que brûler des voitures. Alternative curieusement formulée. Je dirais plutôt qu’il vaut mieux voter que ne pas. Mais brûler des voitures, dans tous les cas, c’est interdit. Croit-on vraiment que tout ce qui est jeune et qui n’est pas encore inscrit sur les listes électorales brûle des voitures ou projette de le faire ? Est-on sûr que, parmi ceux qui ont effectivement brûlé des voitures, il ne se trouvait pas des inscrits sur les listes électorales ? Peut-on s’adresser à quelqu’un qui a réellement brûlé des voitures comme s’il était encore digne de voter, au même titre que quelqu’un qui n’a pas brûlé de voitures et qui respecte la loi et le bien d’autrui ? La plupart de ceux qui ont incendié des véhicules, à ce qu’on a dit, étaient si jeunes, qu’ils n’avaient pas encore atteint la majorité. Or on n’a pas le droit de vote, quand on est mineur ! Mais mieux vaut voter que brûler des voitures. Est-ce que le message est clair ?